ECONOMIE INFORMELLE – Dorothea Schmidt-Klau : Réduire les inégalités en écoutant ceux qui travaillent dans l’ombre

Dans la salle II de l’OIT à Genève, un silence de plomb règne. Chaque délégué est suspendu aux lèvres de Dorothea Schmidt-Klau, cheffe du Service de l’emploi, des marchés du travail et de la jeunesse au département des politiques de l’emploi. Ses conseils sont cruciaux : ils mettent en lumière des aspects de la problématique que les délégués sous-estimaient.

Il est actuellement 9h25, et cela fait bientôt une heure que la salle est silencieuse. Aujourd’hui, les délégués doivent répondre à une question cruciale : Comment contrer les abus que subissent les personnes travaillant à domicile dans l’économie informelle ? Ils doivent construire une résolution concrète et solide qui aiderait à résoudre ce problème. C’est ici que Mme Schmidt-Klau intervient : son objectif est de faire en sorte que la résolution soit complète, réaliste et protectrice pour ces travailleurs. Répondant avec gravité aux questions des délégués, elle les encourage à avancer dans la direction dans laquelle ils s’étaient engagés.

Mme Schmidt-Klau a commencé par souligner l’excellent travail réalisé par les délégués, digne des infrastructures onusiennes où ils se trouvent et où ils incarnent le rôle de diplomates avec sérieux et conviction. Elle a tenu à rappeler aux différentes délégations la place majeure des femmes dans l’économie informelle, tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte les nombreuses compétences que possèdent les travailleurs. Elle a ainsi expliqué que “les travailleurs  domestiques informels sont extrêmement compétents […] Nous parlons par exemple ici de femmes qui s’occupent de nos enfants, et je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que si elles n’étaient pas compétentes, ce serait vraiment dramatique”. 

Il lui a ensuite semblé essentiel de soulever un point important afin de clarifier l’objectif que les délégués doivent atteindre, en précisant que “se concentrer sur les travailleurs domestiques, c’est se concentrer sur la réduction des inégalités”.

Mme Schmidt-Klau conclut son argumentation en donnant un conseil crucial aux délégués : “Nous ne voulons pas de dialogue sur les travailleurs domestiques, mais avec les travailleurs domestiques« . Elle a illustré ce point en expliquant que dans son domaine de spécialisation, les sociétés vieillissantes, l’OIT avait voté de nombreuses mesures afin d’aider les personnes âgées. Mais elle a découvert, en parlant directement avec les principaux concernés, qu’ils avaient d’autres besoins que ceux auxquels avaient pensé les diplomates. Il s’agit ainsi de favoriser l’inclusion et l’écoute, des valeurs cruciales pour l’OIT, afin de progresser vers un consensus avantageux et protecteur des travailleurs de l’économie informelle, en particulier ceux domestiques.

Les voix du multilatéralisme : rencontre avec deux délégués du comité de l’OMS

Une déléguée animée par la passion
Passionnée par le débat, Fatou Guissé, qui représente aujourd’hui la Roumanie, a rejoint le MUN pour relever le défi de la diplomatie internationale. Bien qu’il s’agisse de sa première Modélisation des Nations Unies, elle se démarque par sa grande confiance et sa capacité à s’exprimer avec force au sein du comité de l’Organisation Mondiale de la Santé. A FerMUN 2026, son moment préféré reste le débat d’aujourd’hui, où elle a enfin pu défendre ses idées avec passion. Pour elle, le MUN permet de mieux comprendre le monde, et elle encourage chacun à monter sur scène pour vivre ce sentiment incroyable d’être enfin écouté.

La voix d’un spécialiste MUN

Endossant le costume de représentant du Pakistan à l’OMS, et animé par une passion pour l’éloquence et la géopolitique, Sam McMahon connaît aujourd’hui avec FerMUN sa cinquième Modélisation des Nations Unies. Il se distingue par son immense confiance en lui et sa préparation rigoureuse, se sentant tout aussi à l’aise pour s’adresser à 600 personnes qu’à un petit comité de 30 délégués. Au-delà de maîtriser parfaitement les débats formels, il apprécie également l’aspect social de l’expérience, de la “FerMUN box” aux fêtes de clôture. Sam encourage vivement les autres à rejoindre le programme dès maintenant, considérant le MUN comme l’environnement convivial idéal pour maîtriser les compétences de prise de parole en public indispensables à toute future carrière.

Yasmine Akkabi

MULTILATERALISME – Égalité des genres dans les institutions internationales : quand les voix de la jeunesse rencontrent l’expertise de l’OIT

Dans la matinée du 8 janvier, le comité de la Youth Assembly a eu l’honneur d’accueillir la présence illustre d’Angelika Müller, cheffe de l’Unité des relations officielles et de la correspondance, chargée de la gouvernance de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Les membres ont pu entendre une voix expérimentée sur un sujet d’une importance cruciale dans le contexte mondial actuel : l’égalité des genres au sein d’organisations telles que l’OIT ou l’ONU. Au cours des débats, les délégués ont pu échanger avec Mme Müller sur la manière dont la jeunesse peut prendre part à ce processus de changement, contribuer à tendre vers l’égalité des genres et le lien entre cet enjeu et le multilatéralisme.

Un entretien enrichissant avec Mme Müller

Lors de cet échange, nous avons eu l’occasion de mieux comprendre ce qui peut être fait pour améliorer l’égalité des genres dans des organisations telles que l’ONU ou l’OIT. Selon ses propres mots : « À l’OIT, nous ne nous concentrons pas uniquement sur le contenu de l’égalité des genres, mais aussi sur le suivi de la participation. Nous préparons des infographies de genre pour tous les événements de l’OIT afin de suivre, à tout moment, le pourcentage d’hommes et de femmes participant aux organisations internationales et aux conférences. Nous avons constaté certains progrès, mais dans la plupart des cas, la participation des femmes n’atteint même pas 40 %. Il reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir. »

Que retenir de cette discussion ?

En conclusion, le débat avec Mme Müller a mis en évidence qu’atteindre l’égalité des genres nécessite non seulement des réformes institutionnelles, mais aussi la participation active des jeunes. En favorisant le dialogue et des politiques inclusives, l’Assemblée des jeunes a réaffirmé le rôle de la jeunesse dans la promotion de l’égalité et dans la construction d’un système plus juste et plus représentatif. En tant que futurs acteurs du multilatéralisme, les jeunes ne sont pas de simples observateurs de ce processus, mais des parties prenantes essentielles pour faire de l’égalité une norme plutôt qu’un objectif encore à atteindre.

Ana Luisa Franzen et Leah Gonzalez

Comité FAO: “Notre but commun ? Vivre dans un monde durable”

Comment répondre à la hausse des besoins alimentaires mondiaux tout en respectant les limites environnementales et les impératifs de durabilité ? Telle est la problématique débattue au sein du comité FAO. Ce jeudi 8 janvier, dans la salle 3 de l’OIT, les délégations se sont entendues tant bien que mal suite à un débat animé concernant une résolution. Entretien avec la délégation de l’Allemagne à la suite des controverses qui ont animé le comité.

FERMUN :  Quelles sont les principales différences que l’on peut observer entre la résolution que vous avez proposé, et celle de la Russie ?

Délégation de l’Allemagne : La résolution de la Russie se concentre davantage sur l’aspect économique, en privilégiant une voie moins durable. La nôtre se base sur le développement durable des nouvelles technologies et sur l’ écologie. 

FERMUN : D’après vous, pour quelle raison votre résolution a-t-elle été adoptée ?

All. : Elle est probablement passée car nous partageons tous un but commun : vivre dans un monde durable. En revanche, elle est passée de justesse : 12 votes pour et 11 contre, avec 1 abstention.

FERMUN : Est-ce que cette résolution conviendra à tous, y compris aux pays moins développés ? 

All. : Bien que nous ayons conscience que tous les pays n’ont pas les mêmes moyens, le but est de réussir à ce que cela soit accessible à tous. Notre idée est de réunir tout le monde.

FERMUN : L’écologie est-elle le domaine prioritaire, ou bien s’agit-il de la croissance économique des pays émergents ?

All. : Nous pensons que les deux sont importants. Évidemment qu’on ne peut pas demander aux pays moins développés d’avoir une démarche entièrement écologique pour l’instant car ils n’ont pas les ressources économiques nécessaires. C’est à nous – les pays les plus développés – d’aider les pays dans le besoin. Continuer la production de masse et puiser dans les ressources non renouvelables ne serra plus possible dans 10 à 15 ans. 

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

CONDIDIONS DE TRAVAIL – Un nouveau tournoi sportif prochainement ?

A partir de 9h s’est déroulé le débat ouvert au sein du comité des conditions de travail de l’OIT ce vendredi 9 janvier 2026. Gouvernements, employeurs et travailleurs des différentes délégations négocient. Anglophones, francophones et hispanophones s’unissent pour trouver un accord commun. Celui-ci vise à assurer une carrière professionnelle stable aux sportifs de haut niveau, intégrant protection sociale, égalité salariale entre les sexes, droits à la reconversion et garantissant leur santé mentale et physique. Dans ce comité trilingue, la délégation des travailleurs du Nigéria s’est faite remarquer pour sa participation active sur un sujet qui lui tient à cœur. 

Voici son retour lorsque nous avons pu l’interroger : 

FERMUN: D’après vous, pourquoi les conditions de travail des sportifs sont un problème d’actualité ?

Travailleurs du Nigéria : C’est un problème car les inégalités persistent aujourd’hui. Certains pays n’ont pas les mêmes chances de protéger leurs sportifs et de les mettre en avant du fait de leur retard de développement.

FERMUN : Pouvez-vous décrire en quelques mots la solution que vous proposez ?

Travailleurs du Nigéria : Notre solution est de créer un tournoi sportif entre les pays émergents nommés TEC, avec des conditions pour y participer. Les pays participants seraient obligés de suivre des lois protégeant les sportifs.

FERMUN : Quels sont les plus grands contributeurs à ce projet ?

Travailleurs du Nigéria : Ce sont la Chine, la République de Russie et l’Arabie Saoudite, qui financeraient et organiseraient ce tournoi mais ces pays n’ont aucun pouvoir sur les décisions prises. Ceci est crucial pour les pays qui ne peuvent pas s’auto-financer. Ils participeraient dans le but de mettre en avant la croissance économique, la sensibilisation sociale et pour réduire les inégalités de genres. 

FERMUN : Qu’apporte ce projet a votre délégation ?

Travailleurs du Nigéria : Nous croyons que les sportifs du Nigeria pourront être mis en avant et que cela pourra améliorer le secteur du sport, notamment en favorisant les femmes athlètes. Nous espérons que notre résolution passera !

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

L’organisation mondiale de la santé: cadre de coopération ou obstacle à la souveraineté nationale ?

Nous sommes le 8 janvier 2025, dans la salle GB du nouveau comité de l’Organisation mondiale de la santé. Ce comité démontre son importance dès le début des débats. Ce sont non seulement 36 pays, mais aussi 3 grandes organisations internationales qui sont réunis pour trouver des solutions à deux enjeux clés : la préparation aux pandémies et la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Beaucoup affirment qu’une coopération globale est nécessaire, mais ne risque-t-on pas d’empiéter sur la souveraineté nationale des États ? Que faut-il prioriser ? Les positions des pays divergent. Entretien avec les délégations et une organisation internationale.

FERMUN : Êtes-vous d’accord avec l’idée que les problèmes de chaque pays doivent être résolus uniquement par l’État concerné, ou pensez-vous que les États disposant de plus de ressources devraient jouer un rôle majeur dans la préparation des autres, notamment face aux pandémies ?

Inde : Chaque pays est responsable de sa population, mais il faut prendre en compte le fait que les pandémies ne respectent ni les frontières ni les niveaux de développement. Certains pays disposant de plus de ressources ont la responsabilité d’apporter de l’aide aux autres. 

Sénégal : Si une aide est possible, il faut bien évidemment la proposer. Certains pays n’ont pas les ressources nécessaires, tandis que d’autres en ont une quantité considérable. Si le Sénégal a accès à ces aides, il pourra davantage se développer et ainsi se focaliser sur le commerce dans le futur.

Suède : Nous pensons que les états devraient collaborer autant que possible pour assurer la paix. Les pays ayant davantage de ressources et d’expérience par rapport à certains enjeux,  jouent un rôle clé dans l’aide apportée aux pays en développement. La Suède est un excellent exemple : c’est un pays innovateur, ayant des ressources financières et scientifiques. Nous sommes aussi fortement engagés dans les initiatives de l’ONU et de l’OMS.  

Bureau des affaires humanitaires : Nous sommes inquiets du pouvoir que certains pays pourraient détenir sur d’autres plus faibles. Chaque état doit être entendu et écouté, et notre rôle de médiateur doit garantir cette écoute.Nous n’estimons pas que les solutions standardisées soient suffisantes pour prévenir des crises mondiales.

FERMUN : Votre pays pourrait-il faire partie de ceux ayant ces responsabilités, en prenant en compte vos capacités financières ainsi que la situation au sein du pays ?

Inde : En termes de ressources financières, nous voudrions être dans une bien meilleure position. En ce qui concerne la situation de notre pays, malheureusement, il y a beaucoup d’inégalités au sein de la population :  violences faites aux femmes (avec un nombre important de viols) ainsi qu’aux enfants (maltraités ou abandonnés).

Sénégal : On ne peut pas dire que notre pays n’a aucune richesse. La preuve : les ressources du Sénégal étaient constamment exploitées par les puissances coloniales. Mais aujourd’hui, obtenir la moindre aide représente un grand défi. Nous ne sommes pas en capacité de prioriser le commerce international, au détriment de la survie de notre population. 

Suède : Certainement. Notre pays s’engage surtout dans la lutte contre les violences faites aux femmes. 

FERMUN : La souveraineté nationale de votre État doit-elle primer sur la sécurité sanitaire mondiale ?

Inde : Même si elle reste fondamentale, la souveraineté nationale ne peut pas servir de prétexte pour ignorer les risques sanitaires mondiaux. La sécurité sanitaire mondiale peut même renforcer la souveraineté nationale de chaque pays. L’Inde défend une souveraineté s’exerçant au sein des organisations internationales, notamment l’OMS.

Sénégal : Non, cette souveraineté ne s’applique pas à tous. Une priorisation de la souveraineté nationale par les pays les plus puissants entraînerait un danger global, y compris pour ces États-là. Pour les petits pays comme le nôtre, il n’est pas question de puissance, mais de survie.

Suède : On ne peut pas dire cela. Les deux doivent se compléter, s’équilibrer. Le problème est que la souveraineté va parfois à l’encontre de la sécurité mondiale : la souveraineté nationale peut compromettre l’accès à la santé de certaines populations. Tout l’enjeu est de trouver un équilibre.

Bureau des affaires humanitaires : Pour vivre ensemble, il est nécessaire de communiquer. Notre organisation tourne autour de l’acceptation et surtout de la neutralité des pouvoirs. Un médiateur, comme nous, est indispensable pour les négociations portant sur des questions importantes, mais il faut surtout une ouverture aux autres . 

FERMUN : Pensez-vous que la souveraineté nationale et le multilatéralisme peuvent coexister ?

Inde : Absolument. L’Inde est un exemple de cette coexistence : nous sommes une grande démocratie engagée dans le multilatéralisme. Le multilatéralisme n’efface pas la souveraineté. 

Suède : Même si des enjeux existent, notre pays pense que la coexistence est possible. C’est surtout une question de travail, pour pouvoir trouver des accords et collaborer – un travail qui prend du temps. Pour tendre vers un monde parfait, il faut installer un respect entre les pays. 

Sénégal : Bien sûr, recevoir une aide pour permettre un meilleur développement est nécessaire. Mais quand l’aide est achevée, le pays ne doit pas se sentir “esclave” du pays aidant. À l’avenir, on espère voir émerger des liens qui ne soient pas uniquement financiers, mais davantage profonds.

Bureau des affaires humanitaires : Notre fonctionnement se base sur le principe même du multilatéralisme, qu’il s’agisse du financement ou du travail. Le but est de respecter les identités  et de réussir à aborder des questions sensibles de la manière la plus concrète possible.

FERMUN : Est-ce que vous avez assisté à la formation d’alliances inenvisageables ? Ou au contraire avez-vous pu observer des tensions inattendues ?

Inde : Nous avons nous-même formé une alliance avec le Pakistan, ce qui peut être surprenant en raison de nos conflits historiques. Mais en ce qui concerne la santé, ces conflits doivent être dépassés.

Suède : Nous avons été surpris par le rôle qu’a tenu la délégation américaine : il ne reflétait  pas la politique actuelle de l’État. D’autres pays nous ont étonné en nous proposant une alliance, notamment l’Inde ou l’Arabie saoudite. Nous pensions que leurs valeurs étaient bien éloignées des nôtres notamment sur le plan religieux. Pourtant, cela montre peut-être que les pays se connaissent mal sur le plan politique, ou que des idées préconçues influencent nos perceptions, rendant cette alliance finalement moins surprenante qu’il n’y paraît.

Sénégal : Nous nous sommes alliés avec le Cameroun en raison de nos problèmes similaires et d’un besoin d’aide pour les deux parties. Nos deux pays ont envie de changement – on est donc prêts à se battre ensemble contre les violences faites aux femmes et le manque de soins médicaux. Cette lutte est nécessaire pour le développement de nos pays. Toutefois, cette coopération met aussi en lumière de fortes inégalités, y compris au sein du continent africain, où certains pays manquent de besoins vitaux tandis que d’autres vivent dans l’opulence et la surexploitation des ressources, ce qui peut engendrer des tensions inattendues. 

Hélène Khukhunaishvili

IA et travail : Janine Berg tire la sonnette d’alarme

Ce 8 janvier 2026, Janine Berg, économiste à l’Organisation internationale du Travail (OIT), nous a fait l’honneur d’intervenir lors des débats du comité IA afin d’évoquer les implications de l’intelligence artificielle dans le monde du travail.

Tout au long de son intervention, Janine Berg a expliqué de manière claire comment l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui les plateformes numériques et les conditions de travail de nombreuses personnes. Elle a notamment évoqué l’automatisation, la prise de décisions par les algorithmes et les questions que cela pose en matière de droits des travailleurs. Janine Berg a insisté sur le fait que ces nouvelles technologies doivent être encadrées afin d’éviter les abus, notamment en ce qui concerne la surveillance des travailleurs et la protection de leurs données. Son intervention a permis aux délégués du comité de mieux comprendre les enjeux concrets de l’IA, au-delà des idées parfois trop théoriques. Un temps d’échange avec les participants a ensuite permis d’aborder des questions actuelles comme l’avenir de certains métiers ou encore le rôle des organisations internationales face au développement rapide de l’intelligence artificielle.

Cette rencontre a été un moment enrichissant pour les délégués. Ces derniers ont pu bénéficier du regard d’une professionnelle directement impliquée dans les questions liées au travail et aux nouvelles technologies.

Kiara – Illy

ECONOMIE INFORMELLE – Florence Bonnet experte de l’OIT : « La formalisation commence par la connaissance »

Nous sommes le jeudi 8 janvier 2026, et dans la salle II de l’OIT, dans laquelle se tient le comité sur l’économie informelle, les délégués sont suspendus aux lèvres de Florence Bonnet. Spécialiste du marché du travail et de l’économie informelle à l’OIT, Mme Bonnet est intervenue dans ce comité afin d’orienter les délégués dans les débats. Elle leur a notamment donné de précieux conseils sur la résolution portée par la délégation des travailleurs du Mexique, tout en soulignant que les propositions faites par les différentes délégations étaient déjà “très justes, et très bien vues”. Elle a ensuite répondu à leurs nombreuses questions, sur les facteurs pouvant contribuer à l’augmentation de la part de l’économie informelle dans un pays, mais aussi sur la place des migrants dans cette économie, qui sont souvent très touchés par les emplois informels. Un délégué, peut-être idéaliste, a demandé s’il était envisageable que l’économie informelle finisse par complètement disparaître. La spécialiste a répondu en lui rappelant le caractère évolutif et dynamique de l’économie informelle, rendant sa disparition peu probable, voire impossible à ses yeux. Lors de ce moment de dialogue, Mme Bonnet a ensuite très gentiment accepté d’échanger quelques mots avec l’équipe de presse.

FERMUN : Quelles sont les avancées que l’on peut remarquer aujourd’hui dans la formalisation du travail ?

Florence Bonnet : Aujourd’hui, les pays et les responsables dans les pays qui peuvent agir ont une bien meilleure compréhension de l’économie informelle, des facteurs de l’informalité et des moyens disponibles comme c’était le cas il y a 10 ans. L’adoption de la résolution 204, notamment, a guidé les pays à progresser vers la connaissance de l’informalité, y compris pour améliorer les conditions dans le milieu informel. Cette résolution a ensuite été suivie par tout un travail de sensibilisation, de diagnostic, d’étude et d’analyse, qui s’est lui aussi fortement amélioré au cours des 10 ou 20 dernières années, ce qui a permis cette meilleure compréhension. 

FERMUN : Que pensez-vous du développement des chaînes d’approvisionnement ?

Florence Bonnet : Les chaînes d’approvisionnement globales sont à risque d’informalisation, mais représentent aussi le moyen de donner à ceux qui sont en bas de la chaîne – comme les petits producteurs ou les petits entrepreneurs – des moyens d’accéder à la formation, à des outils et éventuellement à la formalité. 

FERMUN : Au niveau de la protection sociale, y a-t-il eu des avancées ces dernières années ?

Florence Bonnet : Justement il y a clairement eu une extension de la protection sociale au-delà de l’emploi salarié formel. Comme les délégués le mentionnent, les barrières d’accessibilité à la fois administratives et financières sont désormais prises en compte. C’est grâce à une meilleure connaissance du sujet et au développement de dispositifs facilitant l’accès à la protection sociale pour les catégories qui en étaient auparavant éloignées que l’on a pu s’intéresser aux obstacles à la protection sociale.

FERMUN : Comment a été impacté le BIT dans la prise de conscience dont vous parlez ?

Florence Bonnet : Pendant des années, quand on regarde les normes du BIT, c’était quand même très axé sur cette relation formelle entre employeurs et travailleurs, qui concerne seulement une partie de l’économie informelle. La prise de conscience s’est donc faite ici aussi, et par la suite a pris une place de plus en plus importante dans les pays puis parmi les décideurs et l’ensemble de ceux qui peuvent faire une différence.

FERMUN: Quels sont vos conseils pour les délégués ici présents dans la suite des débats portant sur la deuxième problématique, concernant les abus sur les travailleurs de l’économie informelle ? 

Florence Bonnet : Comme je disais, il y a différents contextes, c’est-à-dire que les formes d’informalité et les raisons d’informalité vont être différentes selon les pays dans lesquels les travailleurs doivent évoluer. Je pense qu’il est important de commencer par bien comprendre la nature de l’économie informelle dans de nombreux pays, les formes prévalentes d’informalité et les facteurs d’informalité pour savoir sur quoi agir et comment agir. 

FERMUN: Est-ce que les délégués vont pouvoir s’appuyer sur des conventions récentes pour appuyer leurs arguments ?

Florence Bonnet : Une convention et une recommandation ont été adoptées au BIT en 2019 sur la violence et les harcèlements au travail. Elles font partie des rares conventions qui, explicitement, mentionnent qu’elle s’applique dans l’économie informelle. Il n’y en a pas beaucoup. Il faut avoir à l’esprit que ça ne s’applique pas que dans l’économie formelle mais aussi dans l’économie informelle. Il faut penser aux moyens de prévenir et d’adresser les violences et harcèlements dans l’économie informelle. 

FERMUN : Dans quels contextes les abus peuvent-ils se produire ?

Florence Bonnet : Dans l’économie informelle, cela va concerner le lieu de travail, mais aussi la rue, sur les marchés. C’est large, c’est important de le prendre en compte. Après vous pouvez aussi venir vers le BIT qui collecte des bonnes pratiques et qui essaye de voir ce qui se fait et qui bâtit aussi sa propre capacité à vous appuyer. 

FERMUN : Quels travailleurs de l’économie informelle sont majoritairement impactés par ces abus ?

Florence Bonnet : Dans cette deuxième problématique, vous pourrez parler à de nombreuses reprises des travailleurs domestiques. Si vous n’avez pas encore ratifié la convention 189 qui les soutient, n’hésitez pas à le faire ! 

Cyrielle Bouline – Elisa Develay

DROITS DU TRAVAIL – De New Delhi à Londres : comment garantir un salaire décent à tous ? 

Lors de ce deuxième jour à l’OIT (8 janvier 2026), les délégués ont débattu une question centrale : Comment garantir à toutes les personnes exerçant une activité professionnelle un salaire vital dans le but de garantir une existence digne et diminuer les disparités économiques ? Une problématique qui a animé le comité du Droit du Travail qui semblait plutôt calme jusque-là. Rencontre avec deux délégués particulièrement investis lors des débats qui ont accepté de nous donner leur point de vue : le gouvernement du Royaume-Uni ainsi que celui de l’Inde.

Lalie Anquez : Pensez-vous que la promotion de la transparence salariale au sein des entreprises pourrait contribuer à réduire des écarts injustifiés ?


Gouvernement de l’Inde : Beaucoup de travailleurs survivent aujourd’hui de justesse avec un salaire insuffisant. Dans notre pays, il existe de fortes disparités économiques. Nous pensons que garantir un salaire vital permettrait d’étaler les revenus parmi les travailleurs. En envoyant des enquêteurs sur le prix de la nourriture et des logements selon les régions, nous pourrions déduire le salaire vital qui deviendrait le salaire minimum.

Gouvernement du Royaume-Uni : En tant que représentante du gouvernement du Royaume-Uni, nous pensons que le salaire vital est un pilier fondamental de la cohésion sociale et de la prospérité économique. Pour le garantir, nos idées seraient de fixer et revaloriser de façon régulière le salaire minimum. Nous voulons également soutenir les entreprises et en particulier les PME, sans oublier le renforcement des compétences et de la formation. Nous considérons que la transparence salariale est un levier efficace pour réduire les écarts injustifiés et éviter toutes sortes de discrimination

L. A. : Pourquoi est-ce important pour vous d’instaurer et de faire respecter un salaire minimum légal ?


In : En Inde, 80% des travailleurs font partie du secteur informel, et il est donc important de respecter ce salaire minimum légal pour tous, afin de préserver leur dignité et une vie saine. 

R-U : En tant que gouvernement, il est très important pour nous d’instaurer et de faire respecter un salaire minimum légal, car cela constitue une protection indispensable contre l’exploitation et garantit un socle de revenus bénéfique pour tous les travailleurs afin d’avoir une vie plus digne. 

L. A. : Existe-t-il, dans votre pays, des aides ou des dispositifs visant à améliorer les revenus des travailleurs ?

In : En 2025, notre gouvernement a introduit les nouveaux codes du travail, qui garantissent un meilleur salaire, de meilleures protections et le paiement des heures supplémentaires, ainsi que d’autres mesures qui améliorent les conditions de travail.R-U : Dans notre pays, il existe déjà des allocations et crédits sociaux, des aides aux logements et des programmes de formation financés par l’État. Malheureusement, certaines aides ont des failles et sont parfois restreintes.

CONDITIONS DE TRAVAIL – Quand la culture souffre : les travailleurs des arts au cœur des négociations internationales

Au sein de l’Organisation Internationale du Travail, dans le comité des conditions de travail, les délégués ont débattu de la première problématique : comment garantir aux personnes exerçant dans les milieux de l’art et du divertissement une protection face à la précarité de l’emploi, aux risques physiques et psychosociaux ? Lors de ce débat, l’équipe presse a pu poser des questions aux employeurs de l’Espagne et au gouvernement de la Fédération de Russie, porte-paroles des deux différentes résolutions.

SOLENE KREMSER : Selon votre délégation, quels sont aujourd’hui les principaux risques physiques, psychosociaux et professionnels auxquels font face les travailleurs des arts et du divertissement ? 

RUSS GVT : Pour le gouvernement de Russie, les risques principaux sont la santé mentale. En effet, en Russie, les travailleurs sont couverts, tout comme ceux qui travaillent dans le monde du spectacle et du divertissement. Les travailleurs en freelance, eux, ne sont pas couverts dans le domaine de la santé mentale. Cependant, le thème de la santé mentale est très peu abordé en Russie, c’est pourquoi ce sera une priorité de ce débat. 

EMP ESP : En effet, ils font face à de nombreux risques, comme par exemple l’exclusion sociale ou encore financière, en raison de leur faible rémunération et de la périodicité de celle-ci. Leurs métiers sont souvent considérés comme des passions ou du bénévolat.

JUDITH GINGOLD : Certains États estiment que la création d’une nouvelle organisation onusienne comme UN ART est coûteuse. Comment justifiez-vous sa nécessité ? 

RUSS GVT : La création de nouvelles structures est inutile, tout comme la création de nouvelles organisations telles que UN ART. Nous en avons parlé lors d’un point d’information de la première résolution : notre délégation ne voit pas l’intérêt de créer de nouvelles structures alors que les Nations Unies en ont déjà plusieurs, et dans différents domaines. Cela est bien trop coûteux et demande une organisation administrative trop importante. 

EMP ESP : Contrairement à la délégation du gouvernement de Russie, nous pensons qu’UN ART est nécessaire. Cependant, nous mesurons l’importance des coûts et nous proposons de faire de la publicité afin de permettre la création de cette organisation cruciale. Il s’agirait de proposer aux artistes des programmes d’entraînement, de reconversion mais aussi tout ce qui pourrait leur permettre de gérer leurs problèmes via des forums.

S.K. : Le programme MIND-C (Mental Inclusion and Development for Creators)  et les groupes de parole sont très développés dans ces résolutions : pourquoi cet accent sur la santé mentale  ? 

RUSS GVT : La santé mentale est essentielle autant pour les artistes que pour la qualité des créations artistiques et du divertissement. Les travailleurs dans ces deux domaines sont exposés à des niveaux élevés de stress, d’incertitude professionnelle, de pression psychologique, et parfois d’isolement social.

EMP ESP : En Espagne, nous disons qu’ “il n’y a pas de santé sans santé mentale”. La santé mentale est un des meilleurs moyens de faire avancer la problématique. Beaucoup de délégations s’accordent sur son importance, et c’est une manière de trouver des solutions à peu près acceptables pour tout le monde.

J.G. : En quoi un fonds international financé par le G20, proposé par les délégués durant les débats, permettrait-il de réduire les inégalités entre pays développés et émergents au sein du secteur culturel ? 

RUSS GVT : Ce fonds international constitue une solidarité concrète. Il donne des moyens financiers à des pays qui sont en manque de ressources et qui n’ont pas la capacité budgétaire pour soutenir financièrement les artistes.

EMP ESP : Donner à des pays pour réduire les inégalités est important car certains pays n’ont pas les moyens d’aider leurs artistes. Le problème est que cette question n’est pas au cœur des discussions internationales, et que les fonds ne vont donc pas bénéficier aux artistes, alors que c’est tout de même une problématique essentielle et non négligeable. Nous trouvons cela vraiment dommage et pensons que cela mériterait d’être étudié par l’ensemble de la communauté internationale

S.K. : Quel serait l’avantage de créer une branche spécifique de l’OIT pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement plutôt que de renforcer les mécanismes existants ? 

RUSS GVT : Nous estimons que cela permettrait d’avoir une expertise mieux ciblée et adaptée aux artistes. 

EMP ESP : Les mécanismes existants pour les artistes sont très rares et il est donc nécessaire de créer cette nouvelle branche de l’OIT, afin de permettre un nouveau pack d’actions menées pour aider les artistes

J.G. : Comment garantir un financement durable des mesures mises en place pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement, sans pénaliser les budgets nationaux ? 

RUSS GVT : Pour garantir un financement durable, nous devons nous fonder sur un pourcentage de PIB qui dépendra de chacun des pays, et sera donc adapté à leur capacité économique. 

EMP ESP : La meilleure manière, pour notre délégation, est de faire de la sensibilisation et de la coopération comme le demande l’ONU. Nous pourrions proposer des publicités pour que les individus, les entreprises et les pays ayant beaucoup d’argent puissent en faire bénéficier les pays ont moins de moyens. Ce processus se ferait bien sûr sur la base du volontariat, dans le respect des valeurs de  l’ONU, où la coopération prime.

S.K. : Pourquoi la protection des travailleurs des arts et du divertissement doit-elle être une priorité internationale aujourd’hui ?  

RUSS GVT : Aujourd’hui, nous consommons tous de la culture. C’est non seulement un droit, mais aussi une liberté, que nous devons protéger pour hommes et femmes.

EMP ESP : Les artistes souffrent énormément et ne sont que très peu pris en compte, alors que leurs arts participent à la santé mentale de tous. C’est pour cela que la protection des travailleurs devrait être essentielle dans les problématiques internationales contemporaines. 

J.G. : Quel équilibre doit être trouvé entre la responsabilité des gouvernements et celle des employeurs pour garantir des conditions de travail décentes dans ce secteur ? 

RUSS GVT : Selon nous, la clé est la communication. Il y a un énorme manque de communication entre les employeurs, les gouvernements et les employés, qui entrave l’adoption de mesures couvrant les intérêts tripartites.

EMP ESP : Les employeurs qui participent au fonctionnement de l’économie nécessitent un cadre avec peu de contraintes économiques. Il faut trouver un équilibre entre ces contraintes et des conditions de travail décentes, qui doivent être accordées aux artistes. Il faut trouver un juste milieu pour permettre de garder le volontariat sur lequel est fondée la coopération de l’ONU, bien que ce soit difficile

S.K. : Les risques physiques sont souvent sous-estimés dans les métiers artistiques. Quelles mesures de prévention devraient être prioritaires ?

EMP ESP : Des risques physiques peuvent être causés par le manque de prévention. Les violences et le harcèlement peuvent être régulés par plusieurs de nos propositions, telles que la création d’un numéro de téléphone régional ou international, permettant aux artistes de s’exprimer sur les violences subies. Débattre sur ce sujet nous montre qu’il y a beaucoup plus de violences que ce que l’on pense, et cette prise de conscience nous permet de mettre leur cause au cœur des discussions internationales, ce qui favorise l’action.