CONDITIONS DE TRAVAIL – Quand la culture souffre : les travailleurs des arts au cœur des négociations internationales

Au sein de l’Organisation Internationale du Travail, dans le comité des conditions de travail, les délégués ont débattu de la première problématique : comment garantir aux personnes exerçant dans les milieux de l’art et du divertissement une protection face à la précarité de l’emploi, aux risques physiques et psychosociaux ? Lors de ce débat, l’équipe presse a pu poser des questions aux employeurs de l’Espagne et au gouvernement de la Fédération de Russie, porte-paroles des deux différentes résolutions.

SOLENE KREMSER : Selon votre délégation, quels sont aujourd’hui les principaux risques physiques, psychosociaux et professionnels auxquels font face les travailleurs des arts et du divertissement ? 

RUSS GVT : Pour le gouvernement de Russie, les risques principaux sont la santé mentale. En effet, en Russie, les travailleurs sont couverts, tout comme ceux qui travaillent dans le monde du spectacle et du divertissement. Les travailleurs en freelance, eux, ne sont pas couverts dans le domaine de la santé mentale. Cependant, le thème de la santé mentale est très peu abordé en Russie, c’est pourquoi ce sera une priorité de ce débat. 

EMP ESP : En effet, ils font face à de nombreux risques, comme par exemple l’exclusion sociale ou encore financière, en raison de leur faible rémunération et de la périodicité de celle-ci. Leurs métiers sont souvent considérés comme des passions ou du bénévolat.

JUDITH GINGOLD : Certains États estiment que la création d’une nouvelle organisation onusienne comme UN ART est coûteuse. Comment justifiez-vous sa nécessité ? 

RUSS GVT : La création de nouvelles structures est inutile, tout comme la création de nouvelles organisations telles que UN ART. Nous en avons parlé lors d’un point d’information de la première résolution : notre délégation ne voit pas l’intérêt de créer de nouvelles structures alors que les Nations Unies en ont déjà plusieurs, et dans différents domaines. Cela est bien trop coûteux et demande une organisation administrative trop importante. 

EMP ESP : Contrairement à la délégation du gouvernement de Russie, nous pensons qu’UN ART est nécessaire. Cependant, nous mesurons l’importance des coûts et nous proposons de faire de la publicité afin de permettre la création de cette organisation cruciale. Il s’agirait de proposer aux artistes des programmes d’entraînement, de reconversion mais aussi tout ce qui pourrait leur permettre de gérer leurs problèmes via des forums.

S.K. : Le programme MIND-C (Mental Inclusion and Development for Creators)  et les groupes de parole sont très développés dans ces résolutions : pourquoi cet accent sur la santé mentale  ? 

RUSS GVT : La santé mentale est essentielle autant pour les artistes que pour la qualité des créations artistiques et du divertissement. Les travailleurs dans ces deux domaines sont exposés à des niveaux élevés de stress, d’incertitude professionnelle, de pression psychologique, et parfois d’isolement social.

EMP ESP : En Espagne, nous disons qu’ “il n’y a pas de santé sans santé mentale”. La santé mentale est un des meilleurs moyens de faire avancer la problématique. Beaucoup de délégations s’accordent sur son importance, et c’est une manière de trouver des solutions à peu près acceptables pour tout le monde.

J.G. : En quoi un fonds international financé par le G20, proposé par les délégués durant les débats, permettrait-il de réduire les inégalités entre pays développés et émergents au sein du secteur culturel ? 

RUSS GVT : Ce fonds international constitue une solidarité concrète. Il donne des moyens financiers à des pays qui sont en manque de ressources et qui n’ont pas la capacité budgétaire pour soutenir financièrement les artistes.

EMP ESP : Donner à des pays pour réduire les inégalités est important car certains pays n’ont pas les moyens d’aider leurs artistes. Le problème est que cette question n’est pas au cœur des discussions internationales, et que les fonds ne vont donc pas bénéficier aux artistes, alors que c’est tout de même une problématique essentielle et non négligeable. Nous trouvons cela vraiment dommage et pensons que cela mériterait d’être étudié par l’ensemble de la communauté internationale

S.K. : Quel serait l’avantage de créer une branche spécifique de l’OIT pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement plutôt que de renforcer les mécanismes existants ? 

RUSS GVT : Nous estimons que cela permettrait d’avoir une expertise mieux ciblée et adaptée aux artistes. 

EMP ESP : Les mécanismes existants pour les artistes sont très rares et il est donc nécessaire de créer cette nouvelle branche de l’OIT, afin de permettre un nouveau pack d’actions menées pour aider les artistes

J.G. : Comment garantir un financement durable des mesures mises en place pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement, sans pénaliser les budgets nationaux ? 

RUSS GVT : Pour garantir un financement durable, nous devons nous fonder sur un pourcentage de PIB qui dépendra de chacun des pays, et sera donc adapté à leur capacité économique. 

EMP ESP : La meilleure manière, pour notre délégation, est de faire de la sensibilisation et de la coopération comme le demande l’ONU. Nous pourrions proposer des publicités pour que les individus, les entreprises et les pays ayant beaucoup d’argent puissent en faire bénéficier les pays ont moins de moyens. Ce processus se ferait bien sûr sur la base du volontariat, dans le respect des valeurs de  l’ONU, où la coopération prime.

S.K. : Pourquoi la protection des travailleurs des arts et du divertissement doit-elle être une priorité internationale aujourd’hui ?  

RUSS GVT : Aujourd’hui, nous consommons tous de la culture. C’est non seulement un droit, mais aussi une liberté, que nous devons protéger pour hommes et femmes.

EMP ESP : Les artistes souffrent énormément et ne sont que très peu pris en compte, alors que leurs arts participent à la santé mentale de tous. C’est pour cela que la protection des travailleurs devrait être essentielle dans les problématiques internationales contemporaines. 

J.G. : Quel équilibre doit être trouvé entre la responsabilité des gouvernements et celle des employeurs pour garantir des conditions de travail décentes dans ce secteur ? 

RUSS GVT : Selon nous, la clé est la communication. Il y a un énorme manque de communication entre les employeurs, les gouvernements et les employés, qui entrave l’adoption de mesures couvrant les intérêts tripartites.

EMP ESP : Les employeurs qui participent au fonctionnement de l’économie nécessitent un cadre avec peu de contraintes économiques. Il faut trouver un équilibre entre ces contraintes et des conditions de travail décentes, qui doivent être accordées aux artistes. Il faut trouver un juste milieu pour permettre de garder le volontariat sur lequel est fondée la coopération de l’ONU, bien que ce soit difficile

S.K. : Les risques physiques sont souvent sous-estimés dans les métiers artistiques. Quelles mesures de prévention devraient être prioritaires ?

EMP ESP : Des risques physiques peuvent être causés par le manque de prévention. Les violences et le harcèlement peuvent être régulés par plusieurs de nos propositions, telles que la création d’un numéro de téléphone régional ou international, permettant aux artistes de s’exprimer sur les violences subies. Débattre sur ce sujet nous montre qu’il y a beaucoup plus de violences que ce que l’on pense, et cette prise de conscience nous permet de mettre leur cause au cœur des discussions internationales, ce qui favorise l’action.

FAO : quand la survie économique s’oppose à la transition écologique

Il est 11h, lorsque la délégation d’Haïti se retrouve face à un choix crucial.

Un choix qui revient sans cesse dans les débats de la FAO : faut-il privilégier l’écologie alors que le pays est régulièrement frappé par le dérèglement climatique, les catastrophes naturelles et les chocs environnementaux ? Ou faut-il, au contraire, placer l’économie en priorité, lorsque l’on fait partie des pays les plus précaires du monde ?

Pour Haïti, ce dilemme est tout sauf abstrait. L’agriculture constitue la base même de la survie du pays à la fois sur le plan économique et social. Une transition écologique trop rapide risquerait d’aggraver la pauvreté et l’insécurité alimentaire. La délégation haïtienne le résume clairement : « Sans développement économique, il est impossible de mettre en place une véritable écologie. » 

Ainsi, Haïti affirme que le développement économique doit précéder l’écologie, non pas par désintérêt pour l’environnement, mais parce que sans stabilité financière, aucune transition durable n’est possible. Cette position fait d’Haïti un point de départ révélateur pour comprendre les divisions qui traversent le comité. Dans les pays vulnérables, l’écologie peut être envisagée  comme objectif mais pas comme priorité immédiate. Haïti n’est pas un cas isolé. Des pays comme le Bangladesh, l’Éthiopie ou le Kenya font face à la même réalité. Ces États sont parmi les plus touchés par le changement climatique, tout en disposant de moyens très limités pour y faire face. Tous reconnaissent l’importance de l’écologie. Mais leur priorité reste claire : nourrir leur population et assurer une stabilité minimale. Pour eux, l’écologie est un objectif  à long terme qui ne pourra être atteint qu’avec un soutien financier et technique fort de la communauté internationale. Comme l’a exprimé un délégué africain durant les débats : «  On ne peut pas protéger l’environnement quand on lutte déjà pour survivre. » Pour les pays développés, l’écologie est une priorité assumée. Certains pays comme l’Allemagne, la France, le Canada ou le Japon placent clairement l’écologie au cœur de leurs politiques agricoles. Grâce à leurs ressources financières, à leurs recherches et à leurs technologies, ces pays peuvent investir dans une agriculture durable sans mettre en péril leur économie. Leur vision repose sur une transition rapide, structurée et encadrée. La délégation allemande a d’ailleurs résumé cette approche par une phrase devenue centrale dans les débats : « Il faut produire plus propre, mais pas produire moins. » Les pays émergents  veulent chercher l’équilibre. Entre ces deux blocs, on retrouve les pays émergents comme le Brésil, l’Inde, la Chine et le Mexique. Leur position est plus nuancée. Ces pays veulent avancer sur le plan écologique mais sans freiner leur développement économique ni leur rôle dans l’approvisionnement alimentaire mondial. Ils défendent une transition progressive, adaptée aux réalités nationales, fondée sur l’innovation et la coopération. Pour eux, il ne s’agit pas de choisir entre écologie et économie mais de faire avancer les deux simultanément. Les pays riches sont axés sur l’économie et les échanges. Enfin, certains pays riches comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, placent avant tout la priorité sur la sécurité économique et les échanges internationaux. Leur stratégie repose sur l’innovation technologique et le commerce afin de garantir un accès stable à la nourriture. Pour ces États, l’écologie est importante mais elle ne doit jamais remettre en cause la stabilité économique ou la sécurité alimentaire immédiate. Au fil des débats, une idée s’impose clairement : le vrai clivage n’est pas entre l’écologie et l’économie, mais entre les pays qui peuvent se permettre une transition immédiate et ceux qui doivent d’abord survivre. La FAO révèle ainsi une fracture mondiale profonde où la transition écologique ne peut être uniforme. Elle doit tenir compte des réalités économiques de chaque État sous peine d’accentuer encore davantage les inégalités entre les pays.

Mathys Pastel

FAO – Nourrir le monde durablement 

Réuni au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), le comité FAO a débattu des moyens de nourrir durablement une population mondiale en croissance. Les échanges et résolutions adoptées ont mis en lumière des alliances entre États, articulées autour de l’innovation agricole, de l’adaptation locale et de la coopération internationale face à l’insécurité alimentaire.

Ces 50 dernières années, la population mondiale est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 8,4 milliards en 2024, entraînant une hausse des besoins alimentaires, tandis que l’insécurité alimentaire a augmenté de 30%. Cette demande toujours plus forte provoque une grande productivité agricole, caractérisée par l’utilisation de pesticides, et la transformation des sols en terres arables. La communauté internationale est confrontée à un dilemme central : répondre à la hausse des besoins alimentaires en garantissant la sécurité alimentaire, tout en respectant les limites environnementales ainsi que les impératifs de durabilité. 

Créées aux alentours de 10h, les deux différentes résolutions, présentées par l’Allemagne et la Russie illustrent une réponse collective à ce défi en organisant des alliances plus ou moins durables entre Etats autour de priorités communes.

Lors de la première résolution, un premier bloc d’alliés s’est formé avec l’Allemagne, la France, le Canada, le Japon et l’Italie qui partagent des visions communes comme la recherche, l’innovation ou bien le soutien envers les objectifs de développement durable définis par l’ONU. Ces alliances sont influencées par les clauses qui les délimitent. Par exemple, la clause numéro 8 portée par l’Allemagne appelle à la création d’un centre de recherche mondial sous contrôle de l’ONU, visant à développer des pratiques agricoles efficaces et durables. La clause 11, portée par la France, renforce cette énergie par la proposition d’un Fonds mondial pour l’agriculture durable.  À cela s’ajoutent les clauses 9 et 10 portées par le Japon demandant la publication de rapports annuels sur la production alimentaire durable ainsi que l’éducation des agriculteurs et des consommateurs. Ensemble, ces clauses institutionnalisent une alliance pérenne fondée sur la transparence et la responsabilité.

Adaptation locale et protection des moyens de subsistance.

De plus, la résolution témoigne d’une alliance solide entre plusieurs pays du sud comme le Bangladesh, le Cameroun, la Colombie et le Maroc. Ces États partagent une vulnérabilité face aux aléas climatiques et une dépendance importante à l’agriculture pour leur population. Cette alliance est définie par des clauses qui sont fondées sur les petits exploitants agricoles mais aussi sur des dispositions, comme celle de la clause 7, portée par le Bangladesh encourageant l’adoption de solutions fondées sur la nature. La délégation bangladaise a d’ailleurs alerté : “Sans adaptation au climat, la sécurité alimentaire est en danger”. La clause 6,  soutenue par le Cameroun, insiste sur la gestion durable de l’eau. Ainsi, ces clauses définissent une alliance pérenne fondée sur l’adaptation locale et la protection des moyens de subsistance.

La deuxième résolution portée par la Russie s’est trouvée à former plusieurs alliances dont une avec Haïti, l’Éthiopie, le Mexique et le Brésil. Ces États partagent une forte dépendance à l’agriculture ainsi qu’une vulnérabilité face aux chocs climatiques. 

Leurs clauses encouragent ainsi le partage régional des technologies agricoles, en particulier entre pays confrontés à des conditions climatiques similaires renforçant cette dynamique Sud–Sud. L’attention est mise sur l’agro-écologie flexible, la restauration des terres

dégradées, la réduction des pertes post-récolte et le renforcement des systèmes alimentaires locaux. L’Ethiopie joue un rôle moteur dans la promotion de la coopération régionale, de la restauration des sols et de la réduction de la pollution liée aux transports alimentaires.

Ces résolutions ne se contentent pas de proposer des solutions techniques à la crise alimentaire mondiale. Elles dessinent un réseau d’alliances durables réunissant pays moins développés, puissances émergentes et grands acteurs agricoles autour de principes communs : coopération, flexibilité, durabilité environnementale et respect de la souveraineté des agriculteurs. Ces convergences intègrent à la fois l’innovation technologique, l’agro-écologie, la réduction du gaspillage et une gouvernance multilatérale. Si les objectifs et intérêts de ces Etats divergent, l’initiative collective permet d’esquisser un avenir plus juste et durable, à la croisée des mondes agricoles et de l’innovation.

Judith Gingold

OMS – Les Etats-Unis face au monde

Tôt ce matin, dans une salle de l’OIT, la délégation des Etats-Unis s’est faite remarquer en applaudissant et en entraînant toute l’assemblée à faire de même. Son enthousiasme et sa capacité à mener le groupe réussiront-ils à convaincre le reste du monde de se rallier à sa cause ?

La création d’un fonds international piloté par l’ONU est au cœur des débats. Alimenté par l’ensemble des États – en ressources minérales, financières ou matérielles – il aurait pour mission de redistribuer équitablement les ressources médicales, notamment les vaccins. Portée par les États-Unis, la proposition suscite rapidement tensions et stratégies d’alliances.

Dans la salle de l’OIT, une méfiance s’installe. En toile de fond : des enjeux politiques qui poussent plusieurs délégations à nouer des alliances en opposition aux Etats-Unis. “Nous ne sommes pas avec vous”, lance l’UN OCHA lorsque la délégation des Etats-Unis approche. Cette confrontation explicite est renforcée par la suite par une discussion des deux délégués : “Personne ne veut de vous, personne n’a confiance en vous”.

Les Médecins du monde partagent le même point de vue, et partagent leurs doutes quant aux intentions de la délégation des Etats-Unis. D’après eux : “Ils n’ont pas besoin de ressources” et “ils sont unilatéraux et veulent seulement les bénéfices”. 

Réunir tout le monde pour la santé

Néanmoins, certaines délégations comme la délégation du Brésil souhaitent faire des alliances avec les pays plus développés comme les Etats-Unis, mais craignent de ne pas partager les mêmes valeurs qu’eux. Ce manque de confiance mène à la formation d’une belle alliance entre la majorité des délégations. Elle est notamment menée par la délégation du Pakistan et soutenue par les Philippines, confiant avec un petit sourire gêné : “Les Etats-Unis font des promesses, mais leur gouvernement actuel nous laisse penser que celles-ci ne visent pas à aider les pays en développement”. 

La délégation des Etats-Unis défend son point de vue afin de calmer les tensions : “On ne veut pas la guerre, on veut réunir tout le monde pour la santé.” Cependant, les autres délégations doutent sérieusement de leurs intentions. La Chine, par exemple, trouve paradoxales leurs promesses puisqu’elle  a coupé les fonds de l’ONU…

La délégation des Etats-Unis pointe l’écart entre la politique et son idéologie : “le problème de la santé est international et donc complètement à part de la politique”. Pour elle – comme bien des opposants d’ailleurs – “La seule solution est le multilatéralisme”.

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

Le multilatéralisme : un débat enrichissant avec M. Alain Le Roy et les jeunes de FerMUN

Le multilatéralisme fait face à de nombreux défis. Au sein du comité de l’Assemblée de la Jeunesse, des délégués issus de 16 pays se réunissent pour discuter des problématiques actuelles touchant la jeunesse à l’échelle internationale. Le thème principal est le suivant : comment la jeune génération peut-elle prendre part au multilatéralisme ? Que pouvons-nous faire pour avoir un impact sur cette question et nous engager concrètement ? Au cours de la session, le comité s’est attaché à analyser ces enjeux sous différents angles, en recherchant des propositions réalistes capables de générer un impact positif sur la société.

Tout d’abord, il est essentiel de comprendre ce qu’est le multilatéralisme et la place qu’il occupe dans notre société. Dans le monde actuel, le multilatéralisme correspond à la décision de plusieurs pays de travailler ensemble, par le biais d’organisations internationales et d’accords, afin de résoudre des problèmes mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité internationale ou encore la coopération économique. Ce système permet aux nations de partager les responsabilités, de négocier pacifiquement et d’établir des règles communes favorisant la stabilité.

Grâce à l’intervention de M. Alain Le Roy, le comité a pu entendre la voix d’un représentant de la paix. Il a également répondu à des questions telles que : « Parallèlement à la montée du nationalisme, on observe aussi l’essor de la jeunesse. Quel est votre regard sur les jeunes leaders ? » ou encore « Comment faire entendre sa voix et l’utiliser pour créer un changement positif ? »

En conclusion, le débat au sein du comité de l’Assemblée de la Jeunesse a montré que le multilatéralisme n’est pas seulement un concept porté par les gouvernements et les organisations internationales, mais aussi un espace dans lequel les jeunes peuvent, et doivent, s’impliquer. À travers le dialogue, la coopération et l’échange d’idées, les délégués ont démontré que la jeunesse est capable de contribuer aux discussions mondiales et de proposer des solutions réalistes aux défis actuels.

Cette session a mis en lumière l’importance de donner une voix à la nouvelle génération, dont l’engagement est essentiel pour l’avenir de la coopération internationale. En encourageant la participation, la responsabilité et le respect mutuel, l’Assemblée de la Jeunesse renforce l’idée que le multilatéralisme peut être consolidé lorsque les jeunes jouent un rôle actif dans la construction d’un monde plus coopératif et inclusif.

Ana Luísa Franzen – Leah González Gallardo

CONDITIONS DE TRAVAIL – Quand l’intelligence artificielle bouscule le monde de l’art.

L’intelligence artificielle prend une place de plus en plus importante dans le monde du travail, y compris dans les secteurs de l’art et du divertissement. En ce deuxième jour de débats du comité de l’intelligence artificielle dans les bureaux de l’OIT (l’organisation internationale du travail), les délégations, notamment le gouvernement du Maroc et de l’Afrique du Sud, ont discuté de l’impact de l’IA sur les artistes et les travailleurs du divertissement. Ces échanges visent à répondre aux risques liés à l’automatisation, à la précarité de l’emploi et à la sécurité des travailleurs du secteur culturel. 

Le gouvernement du Maroc a souligné l’importance de protéger la santé et la sécurité des artistes. Selon la délégation marocaine, « les lois du travail et les systèmes de protection sociale doivent s’appliquer aux artistes afin de garantir des conditions de travail dignes ». Pour réduire la précarité, la délégation a rappelé son soutien au secteur culturel. Le pays affirme que « les aides financières, les festivals et les projets culturels permettent de créer des opportunités d’emploi plus stables pour les artistes ». Il a également été rappelé l’importance des formations, afin d’aider les travailleurs à s’adapter aux nouvelles technologies. Sur le plan international, le Maroc estime que « la coopération entre les États est essentielle pour encadrer l’utilisation de l’IA et protéger les droits d’auteur dans l’art et le divertissement ». 

Le gouvernement de l’Afrique du Sud a mis en avant ses mesures pour protéger les artistes. La délégation a expliqué que « la santé et la sécurité des travailleurs sont assurées grâce aux lois sur la sécurité au travail, à la réglementation des lieux culturels et à des protocoles appliqués lors des événements ». Concernant la stabilité de l’emploi, cette délégation a déclaré que « des subventions, des formations et l’accès à une protection sociale permettent de réduire la précarité des travailleurs du divertissement ». Enfin, le gouvernement sud-africain a souligné que « les pays doivent partager les bonnes pratiques et harmoniser les normes internationales du travail afin de mieux protéger les artistes à l’échelle mondiale ». 

Les gouvernements du Maroc et  de l’Afrique du Sud partagent le même avis quant à la nécessité de protéger les artistes face aux défis posés par l’intelligence artificielle. Ils s’accordent sur l’importance de garantir la santé, la sécurité et la stabilité de l’emploi des travailleurs du secteur culturel, tout en renforçant la formation et la protection sociale. Les débats du comité de l’IA devraient ainsi s’orienter vers une coopération internationale renforcée et l’élaboration de normes communes afin d’encadrer l’usage de l’intelligence artificielle et de garantir un avenir plus sûr aux artistes et aux travailleurs du divertissement. 

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE – Quand les futurs travailleurs débattent de leur avenir face à l’IA

Dans la salle IX de l’OIT à Genève, les débats fusent. Chaque adolescent se retrouve à défendre une position étrangère à la sienne concernant l’IA. L’enjeu est de taille : définir les droits des travailleurs face à l’influence croissante de l’intelligence artificielle, et mettre en place une justice sociale.

Il est actuellement 11h27, et cela fait bientôt deux heures que la salle est en effervescence. Aujourd’hui, les participants doivent répondre à une question cruciale : quelle est l’influence de l’IA sur les travailleurs ? Les délégués doivent construire une résolution solide qui pourrait aider les travailleurs menacés par l’IA et faire de l’intelligence artificielle un outil d’aide sécurisé pour tous. « L’IA est une force pour le monde », lancent de nombreuses délégations, parmi lesquelles les travailleurs de l’Inde.

Si l’IA présente des avantages,  elle est aussi un danger pour de nombreux travailleurs. « Il faudrait faire attention à ce que l’IA ne remplace pas l’humain », alerte la délégation du gouvernement de l’Inde. Un débat important qui concerne plusieurs catégories de travailleurs du monde comme les secrétaires, les journalistes, les artistes, les traducteurs. Clara Nguyen, présidente du comité où s’articulent les débats, apporte son point de vue : « Je pense que l’IA peut être utilisée de manière positive, mais pour cela, nous devons poser une base réglementaire. » Cet avis est partagé par de nombreuses délégations qui insistent sur l’importance de créer une réglementation.

Ce débat passionné résonne d’autant plus fort que  les délégués savent qu’ils seront, demain, les premiers concernés en tant que travailleurs. Ils feront alors eux-mêmes  face à l’intelligence artificielle et à ses évolutions, des problématiques qui suscitent parfois de l’inquiétude chez eux. Comme l’a fait remarquer la délégation des travailleurs de l’Inde : « J’ai peur, parce que l’IA domine le monde du travail. Il y a beaucoup de postes qui vont être éliminés à cause de cela. » Malgré cette crainte, la délégation reste positive et témoigne de la confiance des professionnels de demain : « Je reste confiante en moi-même ». Ces jeunes délégués comprennent que les débats d’aujourd’hui pourraient être ceux qui animeront les salles de conférences de demain.

Lilya Kabbaj – Elisa Develay

ECONOMIE INFORMELLE -Protection sociale : le bras de fer autour de l’économie informelle s’ouvre à FerMUN

Dans la salle II de l’OIT, Jasmine, Charlotte et Rita, présidentes de comité pour FerMUN 2026, se préparent à encadrer les débats sur l’économie informelle. Ceux-ci porteront, pour ce premier jour, sur la manière dont les pays peuvent favoriser l’accès à la protection sociale pour toutes les personnes exerçant une activité dans l’économie grise.

A 11h53, seul le déplacement des admins portant des messages d’un délégué à un autre vient rompre le silence qui s’est abattu. Il est en effet l’heure pour les délégués de rédiger leurs amendements, après une phase de lobbying relativement mouvementée, qui a vu se créer deux alliances. D’un côté, des gouvernements et travailleurs, ainsi que certains employeurs, de pays développés et parfois émergents, souhaitent formaliser l’économie informelle, afin de faciliter administrativement l’accès à la protection sociale pour les travailleurs concernés. Comme l’a affirmé la délégation du gouvernement américain : “Pas de formalisation de l’économie, pas de protection sociale”. Face à eux, les gouvernements et employeurs des pays émergents, dont l’économie dépend en grande partie de l’économie grise, ainsi que quelques travailleurs, estiment que les méthodes proposées par les pays développés et peu concernés par l’économie informelle sont trop brutales. C’est précisément la position de la délégation des employeurs de la Chine, qui souhaite formaliser petit à petit les emplois informels, afin de réduire progressivement l’économie informelle, dans une recherche constante de stabilité économique. 

Une assemblée restée plutôt calme

“90% de l’économie de l’Ethiopie est informelle” ont déclaré les travailleurs et employeurs éthiopiens. Cela explique leur désir de transformer l’économie informelle pour avoir de meilleurs salaires pour ses travailleurs, ainsi que de meilleures conditions de travail. Au sein de la première alliance, certains désaccords sont apparus, notamment entre pays développés et émergents sur la question du financement de certaines mesures. Les pays concernés sont finalement parvenus au consensus en communiquant ensemble, illustrant concrètement les valeurs clefs de l’ONU. Malgré ces quelques désaccords, l’assemblée est restée plutôt calme – trop peut-être selon les présidentes. Ces dernières ont noté un petit manque de confrontation entre les opinions, ainsi que des alliances qui ne semblent pas toujours alignées avec la position des pays représentés. C’est par exemple le cas pour des alliances entre employeurs et travailleurs, qui ont pourtant souvent des intérêts opposés. Peut-être ces intérêts vont-ils commencer à apparaître durant la phase de débat ouvert, fragilisant l’alliance formée auparavant ? 

Cyrielle Bouline & Djabeur Chahine

DROITS DU TRAVAIL – Des frontières brouillées

Comment garantir à toutes les personnes exerçant une activité professionnelle un salaire vital dans le but de garantir une existence digne et diminuer les disparités économiques ? Dans un monde où l’inflation est en constante évolution et où les salaires se développent différemment, le comité sur le droit du travail s’interroge.

Le mercredi 7 janvier, dans les locaux de l’OIT, le comité sur les droits du travail entame l’écriture de ses résolutions. Face à des enjeux majeurs, alliances et méfiances se dessinent rapidement.

Les frontières sont brouillées, le brouhaha est général. D’un côté comme de l’autre, les délégués s’activent : les ordinateurs chauffent, les sourcils se froncent, les résolutions apparaissent sur les écrans. Parmi toutes ces voix, le Brésil se démarque par sa détermination et attire d’autres pays émergents. Leur objectif ? Réduire les écarts économiques et garantir un revenu minimum adapté en se projetant sur plusieurs années et en demandant à ce que cet objectif soit mené par une nouvelle branche de l’OIT. 

11h30. Les alliances se forment. Cependant, nombreuses sont les délégations dans l’incompréhension : des pays développés tels que l’Allemagne ou les États-Unis se mêlent aux pays émergents. Les États-Unis s’isolent, hésitent, évitent de s’imposer dans les discussions. Beaucoup de délégués justifient cette retenue par le sentiment anti-américain renforcé par les événements internationaux récents. “Je comprends pourquoi les Etats-Unis se mettent avec des pays émergents au vu des actualités récentes” s’exprime le gouvernement de l’Inde.

Plus le lobbying avance, plus l’on constate la création d’un fossé entre les travailleurs,  les gouvernements et les employeurs. Les deux résolutions s’opposent. Celle présentée par le Canada, appuyée par une majorité de gouvernements et d’employeurs, opte pour une approche plus contraignante axée sur des contrôles et des inspections. Au contraire, la résolution du Brésil offre de nombreux mécanismes d’accompagnement. 

Bien qu’en désaccord, les délégués se mélangent et se dispersent de part et d’autre de la salle. Tous semblent ouverts à la discussion et aux propositions d’autres pays. Et si c’était cela l’esprit même du multilatéralisme ? 

Une intervention vitale

Ce midi, M. Delautre, économiste spécialisé dans les politiques d’emploi, a pu éclairer les élèves participants au FerMUN 2026 sur la problématique du comité 1, dans la salle IV du comité des droits du travail concernant les enjeux et projets qui peuvent influencer une évolution du salaire minimum vital.

“J’ai toujours été passionné par les enjeux économiques et voulu m’ouvrir à l’international”, lance Guillaume Delautre, membre de l’OIT. Il justifie ici son choix d’entreprendre des études d’économie. Par la suite, il poursuit une formation des droits du travail ce qu’il lui permet de mener une carrière dans l’administration française

Ce midi, M. Delautre a pu offrir des éclairages concernant la problématique du comité 1, qui se penche sur les droits du travail. Le système de salaire vital a pour  projet d’être mis à jour par un calcul du coût de vie de chaque pays, afin de pouvoir modifier le salaire minimum légal. Cette intervention a pu faire réfléchir sur la difficulté de personnaliser le salaire minimal pour chaque personne, en particulier dans des secteurs comme l’agriculture. Durant cette séance, il a également eu l’occasion de relater ses voyages autour du monde. Il a eu l’occasion de beaucoup voyager, de l’Égypte au Rwanda en passant par Genève. Il apprécie particulièrement la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire.

Les délégués ont fait preuve de curiosité, écoutant avec intérêt chaque mot et en posant des questions pertinentes, auxquelles M. Delautre prenait plaisir à répondre.

Les retours ont été plus que positifs sur les éléments  et points de vue apportés durant cette heure. 

“J’ai trouvé l’intervention éclairante en ce qui concerne la nuance entre salaire vital et revenu vital. Cela m’a permis de mieux comprendre les situations auxquelles les agriculteurs font face par exemple” témoigne le gouvernement de Suisse.

La présence de cet expert a apporté aux jeunes délégués de nouvelles précisions et connaissances importantes qui les aideront tout au long du débat. Un échange intéressant  fermant cette première matinée.

Nomin SANJAAJAMTS – Dalanda Eden DIALLO

Au comité des droits du travail, les débats bouleversent les certitudes

7 janvier 2025. La tension monte dans la salle IX de l’OIT. Les États-Unis sont au centre des discussions, malgré les critiques surprenantes dont ils font l’objet pour leur position sur les conditions de travail. Certaines grandes puissances sont divisées, les opinions divergent.

Maintenir un équilibre entre la santé des artistes et des athlètes et les intérêts économiques du pays, tel est l’objectif de la délégation patronale chinoise. Elle révèle ensuite l’émergence de conflits entre les gouvernements américain et chinois. 

La délégation gouvernementale russe a exprimé son souhait de sensibiliser à la santé mentale des artistes. Elle a souligné l’importance de remédier aux lacunes du système des travailleurs indépendants, en particulier dans l’industrie du divertissement. Sans surprise, la Russie a refusé de s’associer aux États-Unis. Mais la raison était pour le moins inattendue : le gouvernement russe a souligné le contraste entre les idées et les objectifs des deux pays, affirmant que les États-Unis sont favorables au salaire minimum et que « les droits des travailleurs ne sont pas largement respectés ». Les débats ont révélé un paradoxe frappant : la Russie a reproché aux États-Unis leur non-respect des droits de l’homme, un renversement symbolique pour un pays longtemps considéré comme un modèle de démocratie. 

D’autre part, la Russie a formé une alliance avec le gouvernement saoudien. Selon ce dernier, “Les relations entre l’État et les travailleurs ne sont pas très développées”. Il reconnaît que son pays est confronté à divers problèmes et que les conditions de travail constituent un véritable défi. Le gouvernement saoudien a reconnu ses difficultés à former des alliances pendant la phase de lobbying. Cela pourrait-il être la preuve d’un manque d’intégration des pays en développement dans les processus décisionnels internationaux ? Malgré cela, l’État s’est allié à la Russie et à la Chine, tout en rejetant l’Europe et les États-Unis, ce qui lui vaut les critiques non seulement des membres de la communauté internationale, mais aussi de ses propres travailleurs. 

Ils soulignent en particulier les mauvais traitements infligés aux travailleurs par les employeurs, qui utilisent la langue comme un outil de déstabilisation. 

Un désordre dans les priorités

C’est également cette délégation de travailleurs américains qui a provoqué un scandale lors de l’assemblée en tentant de s’allier aux gouvernements chinois et russe, ennemis fondamentaux de son pays. Bien que cette proposition ait été rejetée par la présidence comme étant irréaliste, il existe un fossé évident entre le gouvernement américain et ses travailleurs.

Face à la crise des conditions de travail, on peut presque parler d’une coalition des pays émergents et en développement contre les États-Unis, critiquant un désordre dans leurs priorités concernant les conditions de leurs travailleurs. Peut-on parler de propagande de la part de la Russie, de la Chine et de l’Arabie saoudite ? Ou, au contraire, assistons-nous réellement à un renversement des situations géopolitiques ? Les États-Unis, autrefois policiers du monde, bafouent-ils désormais les droits de l’homme ? On peut également se demander si les débats du FerMUN reflètent fidèlement la réalité ou s’ils ne sont qu’une simulation produite par des étudiants qui prennent parfois des libertés avec les positions réelles des pays qu’ils représentent. La finalisation de la résolution permettra peut-être de répondre à ces questions.

Hélène Khukhunaishvili & Agathe Sanchez