IA et travail : Janine Berg tire la sonnette d’alarme

Ce 8 janvier 2026, Janine Berg, économiste à l’Organisation internationale du Travail (OIT), nous a fait l’honneur d’intervenir lors des débats du comité IA afin d’évoquer les implications de l’intelligence artificielle dans le monde du travail.

Tout au long de son intervention, Janine Berg a expliqué de manière claire comment l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui les plateformes numériques et les conditions de travail de nombreuses personnes. Elle a notamment évoqué l’automatisation, la prise de décisions par les algorithmes et les questions que cela pose en matière de droits des travailleurs. Janine Berg a insisté sur le fait que ces nouvelles technologies doivent être encadrées afin d’éviter les abus, notamment en ce qui concerne la surveillance des travailleurs et la protection de leurs données. Son intervention a permis aux délégués du comité de mieux comprendre les enjeux concrets de l’IA, au-delà des idées parfois trop théoriques. Un temps d’échange avec les participants a ensuite permis d’aborder des questions actuelles comme l’avenir de certains métiers ou encore le rôle des organisations internationales face au développement rapide de l’intelligence artificielle.

Cette rencontre a été un moment enrichissant pour les délégués. Ces derniers ont pu bénéficier du regard d’une professionnelle directement impliquée dans les questions liées au travail et aux nouvelles technologies.

Kiara – Illy

ECONOMIE INFORMELLE – Florence Bonnet experte de l’OIT : « La formalisation commence par la connaissance »

Nous sommes le jeudi 8 janvier 2026, et dans la salle II de l’OIT, dans laquelle se tient le comité sur l’économie informelle, les délégués sont suspendus aux lèvres de Florence Bonnet. Spécialiste du marché du travail et de l’économie informelle à l’OIT, Mme Bonnet est intervenue dans ce comité afin d’orienter les délégués dans les débats. Elle leur a notamment donné de précieux conseils sur la résolution portée par la délégation des travailleurs du Mexique, tout en soulignant que les propositions faites par les différentes délégations étaient déjà “très justes, et très bien vues”. Elle a ensuite répondu à leurs nombreuses questions, sur les facteurs pouvant contribuer à l’augmentation de la part de l’économie informelle dans un pays, mais aussi sur la place des migrants dans cette économie, qui sont souvent très touchés par les emplois informels. Un délégué, peut-être idéaliste, a demandé s’il était envisageable que l’économie informelle finisse par complètement disparaître. La spécialiste a répondu en lui rappelant le caractère évolutif et dynamique de l’économie informelle, rendant sa disparition peu probable, voire impossible à ses yeux. Lors de ce moment de dialogue, Mme Bonnet a ensuite très gentiment accepté d’échanger quelques mots avec l’équipe de presse.

FERMUN : Quelles sont les avancées que l’on peut remarquer aujourd’hui dans la formalisation du travail ?

Florence Bonnet : Aujourd’hui, les pays et les responsables dans les pays qui peuvent agir ont une bien meilleure compréhension de l’économie informelle, des facteurs de l’informalité et des moyens disponibles comme c’était le cas il y a 10 ans. L’adoption de la résolution 204, notamment, a guidé les pays à progresser vers la connaissance de l’informalité, y compris pour améliorer les conditions dans le milieu informel. Cette résolution a ensuite été suivie par tout un travail de sensibilisation, de diagnostic, d’étude et d’analyse, qui s’est lui aussi fortement amélioré au cours des 10 ou 20 dernières années, ce qui a permis cette meilleure compréhension. 

FERMUN : Que pensez-vous du développement des chaînes d’approvisionnement ?

Florence Bonnet : Les chaînes d’approvisionnement globales sont à risque d’informalisation, mais représentent aussi le moyen de donner à ceux qui sont en bas de la chaîne – comme les petits producteurs ou les petits entrepreneurs – des moyens d’accéder à la formation, à des outils et éventuellement à la formalité. 

FERMUN : Au niveau de la protection sociale, y a-t-il eu des avancées ces dernières années ?

Florence Bonnet : Justement il y a clairement eu une extension de la protection sociale au-delà de l’emploi salarié formel. Comme les délégués le mentionnent, les barrières d’accessibilité à la fois administratives et financières sont désormais prises en compte. C’est grâce à une meilleure connaissance du sujet et au développement de dispositifs facilitant l’accès à la protection sociale pour les catégories qui en étaient auparavant éloignées que l’on a pu s’intéresser aux obstacles à la protection sociale.

FERMUN : Comment a été impacté le BIT dans la prise de conscience dont vous parlez ?

Florence Bonnet : Pendant des années, quand on regarde les normes du BIT, c’était quand même très axé sur cette relation formelle entre employeurs et travailleurs, qui concerne seulement une partie de l’économie informelle. La prise de conscience s’est donc faite ici aussi, et par la suite a pris une place de plus en plus importante dans les pays puis parmi les décideurs et l’ensemble de ceux qui peuvent faire une différence.

FERMUN: Quels sont vos conseils pour les délégués ici présents dans la suite des débats portant sur la deuxième problématique, concernant les abus sur les travailleurs de l’économie informelle ? 

Florence Bonnet : Comme je disais, il y a différents contextes, c’est-à-dire que les formes d’informalité et les raisons d’informalité vont être différentes selon les pays dans lesquels les travailleurs doivent évoluer. Je pense qu’il est important de commencer par bien comprendre la nature de l’économie informelle dans de nombreux pays, les formes prévalentes d’informalité et les facteurs d’informalité pour savoir sur quoi agir et comment agir. 

FERMUN: Est-ce que les délégués vont pouvoir s’appuyer sur des conventions récentes pour appuyer leurs arguments ?

Florence Bonnet : Une convention et une recommandation ont été adoptées au BIT en 2019 sur la violence et les harcèlements au travail. Elles font partie des rares conventions qui, explicitement, mentionnent qu’elle s’applique dans l’économie informelle. Il n’y en a pas beaucoup. Il faut avoir à l’esprit que ça ne s’applique pas que dans l’économie formelle mais aussi dans l’économie informelle. Il faut penser aux moyens de prévenir et d’adresser les violences et harcèlements dans l’économie informelle. 

FERMUN : Dans quels contextes les abus peuvent-ils se produire ?

Florence Bonnet : Dans l’économie informelle, cela va concerner le lieu de travail, mais aussi la rue, sur les marchés. C’est large, c’est important de le prendre en compte. Après vous pouvez aussi venir vers le BIT qui collecte des bonnes pratiques et qui essaye de voir ce qui se fait et qui bâtit aussi sa propre capacité à vous appuyer. 

FERMUN : Quels travailleurs de l’économie informelle sont majoritairement impactés par ces abus ?

Florence Bonnet : Dans cette deuxième problématique, vous pourrez parler à de nombreuses reprises des travailleurs domestiques. Si vous n’avez pas encore ratifié la convention 189 qui les soutient, n’hésitez pas à le faire ! 

Cyrielle Bouline – Elisa Develay

DROITS DU TRAVAIL – De New Delhi à Londres : comment garantir un salaire décent à tous ? 

Lors de ce deuxième jour à l’OIT (8 janvier 2026), les délégués ont débattu une question centrale : Comment garantir à toutes les personnes exerçant une activité professionnelle un salaire vital dans le but de garantir une existence digne et diminuer les disparités économiques ? Une problématique qui a animé le comité du Droit du Travail qui semblait plutôt calme jusque-là. Rencontre avec deux délégués particulièrement investis lors des débats qui ont accepté de nous donner leur point de vue : le gouvernement du Royaume-Uni ainsi que celui de l’Inde.

Lalie Anquez : Pensez-vous que la promotion de la transparence salariale au sein des entreprises pourrait contribuer à réduire des écarts injustifiés ?


Gouvernement de l’Inde : Beaucoup de travailleurs survivent aujourd’hui de justesse avec un salaire insuffisant. Dans notre pays, il existe de fortes disparités économiques. Nous pensons que garantir un salaire vital permettrait d’étaler les revenus parmi les travailleurs. En envoyant des enquêteurs sur le prix de la nourriture et des logements selon les régions, nous pourrions déduire le salaire vital qui deviendrait le salaire minimum.

Gouvernement du Royaume-Uni : En tant que représentante du gouvernement du Royaume-Uni, nous pensons que le salaire vital est un pilier fondamental de la cohésion sociale et de la prospérité économique. Pour le garantir, nos idées seraient de fixer et revaloriser de façon régulière le salaire minimum. Nous voulons également soutenir les entreprises et en particulier les PME, sans oublier le renforcement des compétences et de la formation. Nous considérons que la transparence salariale est un levier efficace pour réduire les écarts injustifiés et éviter toutes sortes de discrimination

L. A. : Pourquoi est-ce important pour vous d’instaurer et de faire respecter un salaire minimum légal ?


In : En Inde, 80% des travailleurs font partie du secteur informel, et il est donc important de respecter ce salaire minimum légal pour tous, afin de préserver leur dignité et une vie saine. 

R-U : En tant que gouvernement, il est très important pour nous d’instaurer et de faire respecter un salaire minimum légal, car cela constitue une protection indispensable contre l’exploitation et garantit un socle de revenus bénéfique pour tous les travailleurs afin d’avoir une vie plus digne. 

L. A. : Existe-t-il, dans votre pays, des aides ou des dispositifs visant à améliorer les revenus des travailleurs ?

In : En 2025, notre gouvernement a introduit les nouveaux codes du travail, qui garantissent un meilleur salaire, de meilleures protections et le paiement des heures supplémentaires, ainsi que d’autres mesures qui améliorent les conditions de travail.R-U : Dans notre pays, il existe déjà des allocations et crédits sociaux, des aides aux logements et des programmes de formation financés par l’État. Malheureusement, certaines aides ont des failles et sont parfois restreintes.

CONDITIONS DE TRAVAIL – Quand la culture souffre : les travailleurs des arts au cœur des négociations internationales

Au sein de l’Organisation Internationale du Travail, dans le comité des conditions de travail, les délégués ont débattu de la première problématique : comment garantir aux personnes exerçant dans les milieux de l’art et du divertissement une protection face à la précarité de l’emploi, aux risques physiques et psychosociaux ? Lors de ce débat, l’équipe presse a pu poser des questions aux employeurs de l’Espagne et au gouvernement de la Fédération de Russie, porte-paroles des deux différentes résolutions.

SOLENE KREMSER : Selon votre délégation, quels sont aujourd’hui les principaux risques physiques, psychosociaux et professionnels auxquels font face les travailleurs des arts et du divertissement ? 

RUSS GVT : Pour le gouvernement de Russie, les risques principaux sont la santé mentale. En effet, en Russie, les travailleurs sont couverts, tout comme ceux qui travaillent dans le monde du spectacle et du divertissement. Les travailleurs en freelance, eux, ne sont pas couverts dans le domaine de la santé mentale. Cependant, le thème de la santé mentale est très peu abordé en Russie, c’est pourquoi ce sera une priorité de ce débat. 

EMP ESP : En effet, ils font face à de nombreux risques, comme par exemple l’exclusion sociale ou encore financière, en raison de leur faible rémunération et de la périodicité de celle-ci. Leurs métiers sont souvent considérés comme des passions ou du bénévolat.

JUDITH GINGOLD : Certains États estiment que la création d’une nouvelle organisation onusienne comme UN ART est coûteuse. Comment justifiez-vous sa nécessité ? 

RUSS GVT : La création de nouvelles structures est inutile, tout comme la création de nouvelles organisations telles que UN ART. Nous en avons parlé lors d’un point d’information de la première résolution : notre délégation ne voit pas l’intérêt de créer de nouvelles structures alors que les Nations Unies en ont déjà plusieurs, et dans différents domaines. Cela est bien trop coûteux et demande une organisation administrative trop importante. 

EMP ESP : Contrairement à la délégation du gouvernement de Russie, nous pensons qu’UN ART est nécessaire. Cependant, nous mesurons l’importance des coûts et nous proposons de faire de la publicité afin de permettre la création de cette organisation cruciale. Il s’agirait de proposer aux artistes des programmes d’entraînement, de reconversion mais aussi tout ce qui pourrait leur permettre de gérer leurs problèmes via des forums.

S.K. : Le programme MIND-C (Mental Inclusion and Development for Creators)  et les groupes de parole sont très développés dans ces résolutions : pourquoi cet accent sur la santé mentale  ? 

RUSS GVT : La santé mentale est essentielle autant pour les artistes que pour la qualité des créations artistiques et du divertissement. Les travailleurs dans ces deux domaines sont exposés à des niveaux élevés de stress, d’incertitude professionnelle, de pression psychologique, et parfois d’isolement social.

EMP ESP : En Espagne, nous disons qu’ “il n’y a pas de santé sans santé mentale”. La santé mentale est un des meilleurs moyens de faire avancer la problématique. Beaucoup de délégations s’accordent sur son importance, et c’est une manière de trouver des solutions à peu près acceptables pour tout le monde.

J.G. : En quoi un fonds international financé par le G20, proposé par les délégués durant les débats, permettrait-il de réduire les inégalités entre pays développés et émergents au sein du secteur culturel ? 

RUSS GVT : Ce fonds international constitue une solidarité concrète. Il donne des moyens financiers à des pays qui sont en manque de ressources et qui n’ont pas la capacité budgétaire pour soutenir financièrement les artistes.

EMP ESP : Donner à des pays pour réduire les inégalités est important car certains pays n’ont pas les moyens d’aider leurs artistes. Le problème est que cette question n’est pas au cœur des discussions internationales, et que les fonds ne vont donc pas bénéficier aux artistes, alors que c’est tout de même une problématique essentielle et non négligeable. Nous trouvons cela vraiment dommage et pensons que cela mériterait d’être étudié par l’ensemble de la communauté internationale

S.K. : Quel serait l’avantage de créer une branche spécifique de l’OIT pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement plutôt que de renforcer les mécanismes existants ? 

RUSS GVT : Nous estimons que cela permettrait d’avoir une expertise mieux ciblée et adaptée aux artistes. 

EMP ESP : Les mécanismes existants pour les artistes sont très rares et il est donc nécessaire de créer cette nouvelle branche de l’OIT, afin de permettre un nouveau pack d’actions menées pour aider les artistes

J.G. : Comment garantir un financement durable des mesures mises en place pour la protection des travailleurs de l’art et du divertissement, sans pénaliser les budgets nationaux ? 

RUSS GVT : Pour garantir un financement durable, nous devons nous fonder sur un pourcentage de PIB qui dépendra de chacun des pays, et sera donc adapté à leur capacité économique. 

EMP ESP : La meilleure manière, pour notre délégation, est de faire de la sensibilisation et de la coopération comme le demande l’ONU. Nous pourrions proposer des publicités pour que les individus, les entreprises et les pays ayant beaucoup d’argent puissent en faire bénéficier les pays ont moins de moyens. Ce processus se ferait bien sûr sur la base du volontariat, dans le respect des valeurs de  l’ONU, où la coopération prime.

S.K. : Pourquoi la protection des travailleurs des arts et du divertissement doit-elle être une priorité internationale aujourd’hui ?  

RUSS GVT : Aujourd’hui, nous consommons tous de la culture. C’est non seulement un droit, mais aussi une liberté, que nous devons protéger pour hommes et femmes.

EMP ESP : Les artistes souffrent énormément et ne sont que très peu pris en compte, alors que leurs arts participent à la santé mentale de tous. C’est pour cela que la protection des travailleurs devrait être essentielle dans les problématiques internationales contemporaines. 

J.G. : Quel équilibre doit être trouvé entre la responsabilité des gouvernements et celle des employeurs pour garantir des conditions de travail décentes dans ce secteur ? 

RUSS GVT : Selon nous, la clé est la communication. Il y a un énorme manque de communication entre les employeurs, les gouvernements et les employés, qui entrave l’adoption de mesures couvrant les intérêts tripartites.

EMP ESP : Les employeurs qui participent au fonctionnement de l’économie nécessitent un cadre avec peu de contraintes économiques. Il faut trouver un équilibre entre ces contraintes et des conditions de travail décentes, qui doivent être accordées aux artistes. Il faut trouver un juste milieu pour permettre de garder le volontariat sur lequel est fondée la coopération de l’ONU, bien que ce soit difficile

S.K. : Les risques physiques sont souvent sous-estimés dans les métiers artistiques. Quelles mesures de prévention devraient être prioritaires ?

EMP ESP : Des risques physiques peuvent être causés par le manque de prévention. Les violences et le harcèlement peuvent être régulés par plusieurs de nos propositions, telles que la création d’un numéro de téléphone régional ou international, permettant aux artistes de s’exprimer sur les violences subies. Débattre sur ce sujet nous montre qu’il y a beaucoup plus de violences que ce que l’on pense, et cette prise de conscience nous permet de mettre leur cause au cœur des discussions internationales, ce qui favorise l’action.

FAO : quand la survie économique s’oppose à la transition écologique

Il est 11h, lorsque la délégation d’Haïti se retrouve face à un choix crucial.

Un choix qui revient sans cesse dans les débats de la FAO : faut-il privilégier l’écologie alors que le pays est régulièrement frappé par le dérèglement climatique, les catastrophes naturelles et les chocs environnementaux ? Ou faut-il, au contraire, placer l’économie en priorité, lorsque l’on fait partie des pays les plus précaires du monde ?

Pour Haïti, ce dilemme est tout sauf abstrait. L’agriculture constitue la base même de la survie du pays à la fois sur le plan économique et social. Une transition écologique trop rapide risquerait d’aggraver la pauvreté et l’insécurité alimentaire. La délégation haïtienne le résume clairement : « Sans développement économique, il est impossible de mettre en place une véritable écologie. » 

Ainsi, Haïti affirme que le développement économique doit précéder l’écologie, non pas par désintérêt pour l’environnement, mais parce que sans stabilité financière, aucune transition durable n’est possible. Cette position fait d’Haïti un point de départ révélateur pour comprendre les divisions qui traversent le comité. Dans les pays vulnérables, l’écologie peut être envisagée  comme objectif mais pas comme priorité immédiate. Haïti n’est pas un cas isolé. Des pays comme le Bangladesh, l’Éthiopie ou le Kenya font face à la même réalité. Ces États sont parmi les plus touchés par le changement climatique, tout en disposant de moyens très limités pour y faire face. Tous reconnaissent l’importance de l’écologie. Mais leur priorité reste claire : nourrir leur population et assurer une stabilité minimale. Pour eux, l’écologie est un objectif  à long terme qui ne pourra être atteint qu’avec un soutien financier et technique fort de la communauté internationale. Comme l’a exprimé un délégué africain durant les débats : «  On ne peut pas protéger l’environnement quand on lutte déjà pour survivre. » Pour les pays développés, l’écologie est une priorité assumée. Certains pays comme l’Allemagne, la France, le Canada ou le Japon placent clairement l’écologie au cœur de leurs politiques agricoles. Grâce à leurs ressources financières, à leurs recherches et à leurs technologies, ces pays peuvent investir dans une agriculture durable sans mettre en péril leur économie. Leur vision repose sur une transition rapide, structurée et encadrée. La délégation allemande a d’ailleurs résumé cette approche par une phrase devenue centrale dans les débats : « Il faut produire plus propre, mais pas produire moins. » Les pays émergents  veulent chercher l’équilibre. Entre ces deux blocs, on retrouve les pays émergents comme le Brésil, l’Inde, la Chine et le Mexique. Leur position est plus nuancée. Ces pays veulent avancer sur le plan écologique mais sans freiner leur développement économique ni leur rôle dans l’approvisionnement alimentaire mondial. Ils défendent une transition progressive, adaptée aux réalités nationales, fondée sur l’innovation et la coopération. Pour eux, il ne s’agit pas de choisir entre écologie et économie mais de faire avancer les deux simultanément. Les pays riches sont axés sur l’économie et les échanges. Enfin, certains pays riches comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, placent avant tout la priorité sur la sécurité économique et les échanges internationaux. Leur stratégie repose sur l’innovation technologique et le commerce afin de garantir un accès stable à la nourriture. Pour ces États, l’écologie est importante mais elle ne doit jamais remettre en cause la stabilité économique ou la sécurité alimentaire immédiate. Au fil des débats, une idée s’impose clairement : le vrai clivage n’est pas entre l’écologie et l’économie, mais entre les pays qui peuvent se permettre une transition immédiate et ceux qui doivent d’abord survivre. La FAO révèle ainsi une fracture mondiale profonde où la transition écologique ne peut être uniforme. Elle doit tenir compte des réalités économiques de chaque État sous peine d’accentuer encore davantage les inégalités entre les pays.

Mathys Pastel

FAO – Nourrir le monde durablement 

Réuni au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), le comité FAO a débattu des moyens de nourrir durablement une population mondiale en croissance. Les échanges et résolutions adoptées ont mis en lumière des alliances entre États, articulées autour de l’innovation agricole, de l’adaptation locale et de la coopération internationale face à l’insécurité alimentaire.

Ces 50 dernières années, la population mondiale est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 8,4 milliards en 2024, entraînant une hausse des besoins alimentaires, tandis que l’insécurité alimentaire a augmenté de 30%. Cette demande toujours plus forte provoque une grande productivité agricole, caractérisée par l’utilisation de pesticides, et la transformation des sols en terres arables. La communauté internationale est confrontée à un dilemme central : répondre à la hausse des besoins alimentaires en garantissant la sécurité alimentaire, tout en respectant les limites environnementales ainsi que les impératifs de durabilité. 

Créées aux alentours de 10h, les deux différentes résolutions, présentées par l’Allemagne et la Russie illustrent une réponse collective à ce défi en organisant des alliances plus ou moins durables entre Etats autour de priorités communes.

Lors de la première résolution, un premier bloc d’alliés s’est formé avec l’Allemagne, la France, le Canada, le Japon et l’Italie qui partagent des visions communes comme la recherche, l’innovation ou bien le soutien envers les objectifs de développement durable définis par l’ONU. Ces alliances sont influencées par les clauses qui les délimitent. Par exemple, la clause numéro 8 portée par l’Allemagne appelle à la création d’un centre de recherche mondial sous contrôle de l’ONU, visant à développer des pratiques agricoles efficaces et durables. La clause 11, portée par la France, renforce cette énergie par la proposition d’un Fonds mondial pour l’agriculture durable.  À cela s’ajoutent les clauses 9 et 10 portées par le Japon demandant la publication de rapports annuels sur la production alimentaire durable ainsi que l’éducation des agriculteurs et des consommateurs. Ensemble, ces clauses institutionnalisent une alliance pérenne fondée sur la transparence et la responsabilité.

Adaptation locale et protection des moyens de subsistance.

De plus, la résolution témoigne d’une alliance solide entre plusieurs pays du sud comme le Bangladesh, le Cameroun, la Colombie et le Maroc. Ces États partagent une vulnérabilité face aux aléas climatiques et une dépendance importante à l’agriculture pour leur population. Cette alliance est définie par des clauses qui sont fondées sur les petits exploitants agricoles mais aussi sur des dispositions, comme celle de la clause 7, portée par le Bangladesh encourageant l’adoption de solutions fondées sur la nature. La délégation bangladaise a d’ailleurs alerté : “Sans adaptation au climat, la sécurité alimentaire est en danger”. La clause 6,  soutenue par le Cameroun, insiste sur la gestion durable de l’eau. Ainsi, ces clauses définissent une alliance pérenne fondée sur l’adaptation locale et la protection des moyens de subsistance.

La deuxième résolution portée par la Russie s’est trouvée à former plusieurs alliances dont une avec Haïti, l’Éthiopie, le Mexique et le Brésil. Ces États partagent une forte dépendance à l’agriculture ainsi qu’une vulnérabilité face aux chocs climatiques. 

Leurs clauses encouragent ainsi le partage régional des technologies agricoles, en particulier entre pays confrontés à des conditions climatiques similaires renforçant cette dynamique Sud–Sud. L’attention est mise sur l’agro-écologie flexible, la restauration des terres

dégradées, la réduction des pertes post-récolte et le renforcement des systèmes alimentaires locaux. L’Ethiopie joue un rôle moteur dans la promotion de la coopération régionale, de la restauration des sols et de la réduction de la pollution liée aux transports alimentaires.

Ces résolutions ne se contentent pas de proposer des solutions techniques à la crise alimentaire mondiale. Elles dessinent un réseau d’alliances durables réunissant pays moins développés, puissances émergentes et grands acteurs agricoles autour de principes communs : coopération, flexibilité, durabilité environnementale et respect de la souveraineté des agriculteurs. Ces convergences intègrent à la fois l’innovation technologique, l’agro-écologie, la réduction du gaspillage et une gouvernance multilatérale. Si les objectifs et intérêts de ces Etats divergent, l’initiative collective permet d’esquisser un avenir plus juste et durable, à la croisée des mondes agricoles et de l’innovation.

Judith Gingold

OMS – Les Etats-Unis face au monde

Tôt ce matin, dans une salle de l’OIT, la délégation des Etats-Unis s’est faite remarquer en applaudissant et en entraînant toute l’assemblée à faire de même. Son enthousiasme et sa capacité à mener le groupe réussiront-ils à convaincre le reste du monde de se rallier à sa cause ?

La création d’un fonds international piloté par l’ONU est au cœur des débats. Alimenté par l’ensemble des États – en ressources minérales, financières ou matérielles – il aurait pour mission de redistribuer équitablement les ressources médicales, notamment les vaccins. Portée par les États-Unis, la proposition suscite rapidement tensions et stratégies d’alliances.

Dans la salle de l’OIT, une méfiance s’installe. En toile de fond : des enjeux politiques qui poussent plusieurs délégations à nouer des alliances en opposition aux Etats-Unis. “Nous ne sommes pas avec vous”, lance l’UN OCHA lorsque la délégation des Etats-Unis approche. Cette confrontation explicite est renforcée par la suite par une discussion des deux délégués : “Personne ne veut de vous, personne n’a confiance en vous”.

Les Médecins du monde partagent le même point de vue, et partagent leurs doutes quant aux intentions de la délégation des Etats-Unis. D’après eux : “Ils n’ont pas besoin de ressources” et “ils sont unilatéraux et veulent seulement les bénéfices”. 

Réunir tout le monde pour la santé

Néanmoins, certaines délégations comme la délégation du Brésil souhaitent faire des alliances avec les pays plus développés comme les Etats-Unis, mais craignent de ne pas partager les mêmes valeurs qu’eux. Ce manque de confiance mène à la formation d’une belle alliance entre la majorité des délégations. Elle est notamment menée par la délégation du Pakistan et soutenue par les Philippines, confiant avec un petit sourire gêné : “Les Etats-Unis font des promesses, mais leur gouvernement actuel nous laisse penser que celles-ci ne visent pas à aider les pays en développement”. 

La délégation des Etats-Unis défend son point de vue afin de calmer les tensions : “On ne veut pas la guerre, on veut réunir tout le monde pour la santé.” Cependant, les autres délégations doutent sérieusement de leurs intentions. La Chine, par exemple, trouve paradoxales leurs promesses puisqu’elle  a coupé les fonds de l’ONU…

La délégation des Etats-Unis pointe l’écart entre la politique et son idéologie : “le problème de la santé est international et donc complètement à part de la politique”. Pour elle – comme bien des opposants d’ailleurs – “La seule solution est le multilatéralisme”.

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

Le multilatéralisme : un débat enrichissant avec M. Alain Le Roy et les jeunes de FerMUN

Le multilatéralisme fait face à de nombreux défis. Au sein du comité de l’Assemblée de la Jeunesse, des délégués issus de 16 pays se réunissent pour discuter des problématiques actuelles touchant la jeunesse à l’échelle internationale. Le thème principal est le suivant : comment la jeune génération peut-elle prendre part au multilatéralisme ? Que pouvons-nous faire pour avoir un impact sur cette question et nous engager concrètement ? Au cours de la session, le comité s’est attaché à analyser ces enjeux sous différents angles, en recherchant des propositions réalistes capables de générer un impact positif sur la société.

Tout d’abord, il est essentiel de comprendre ce qu’est le multilatéralisme et la place qu’il occupe dans notre société. Dans le monde actuel, le multilatéralisme correspond à la décision de plusieurs pays de travailler ensemble, par le biais d’organisations internationales et d’accords, afin de résoudre des problèmes mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité internationale ou encore la coopération économique. Ce système permet aux nations de partager les responsabilités, de négocier pacifiquement et d’établir des règles communes favorisant la stabilité.

Grâce à l’intervention de M. Alain Le Roy, le comité a pu entendre la voix d’un représentant de la paix. Il a également répondu à des questions telles que : « Parallèlement à la montée du nationalisme, on observe aussi l’essor de la jeunesse. Quel est votre regard sur les jeunes leaders ? » ou encore « Comment faire entendre sa voix et l’utiliser pour créer un changement positif ? »

En conclusion, le débat au sein du comité de l’Assemblée de la Jeunesse a montré que le multilatéralisme n’est pas seulement un concept porté par les gouvernements et les organisations internationales, mais aussi un espace dans lequel les jeunes peuvent, et doivent, s’impliquer. À travers le dialogue, la coopération et l’échange d’idées, les délégués ont démontré que la jeunesse est capable de contribuer aux discussions mondiales et de proposer des solutions réalistes aux défis actuels.

Cette session a mis en lumière l’importance de donner une voix à la nouvelle génération, dont l’engagement est essentiel pour l’avenir de la coopération internationale. En encourageant la participation, la responsabilité et le respect mutuel, l’Assemblée de la Jeunesse renforce l’idée que le multilatéralisme peut être consolidé lorsque les jeunes jouent un rôle actif dans la construction d’un monde plus coopératif et inclusif.

Ana Luísa Franzen – Leah González Gallardo

CONDITIONS DE TRAVAIL – Quand l’intelligence artificielle bouscule le monde de l’art.

L’intelligence artificielle prend une place de plus en plus importante dans le monde du travail, y compris dans les secteurs de l’art et du divertissement. En ce deuxième jour de débats du comité de l’intelligence artificielle dans les bureaux de l’OIT (l’organisation internationale du travail), les délégations, notamment le gouvernement du Maroc et de l’Afrique du Sud, ont discuté de l’impact de l’IA sur les artistes et les travailleurs du divertissement. Ces échanges visent à répondre aux risques liés à l’automatisation, à la précarité de l’emploi et à la sécurité des travailleurs du secteur culturel. 

Le gouvernement du Maroc a souligné l’importance de protéger la santé et la sécurité des artistes. Selon la délégation marocaine, « les lois du travail et les systèmes de protection sociale doivent s’appliquer aux artistes afin de garantir des conditions de travail dignes ». Pour réduire la précarité, la délégation a rappelé son soutien au secteur culturel. Le pays affirme que « les aides financières, les festivals et les projets culturels permettent de créer des opportunités d’emploi plus stables pour les artistes ». Il a également été rappelé l’importance des formations, afin d’aider les travailleurs à s’adapter aux nouvelles technologies. Sur le plan international, le Maroc estime que « la coopération entre les États est essentielle pour encadrer l’utilisation de l’IA et protéger les droits d’auteur dans l’art et le divertissement ». 

Le gouvernement de l’Afrique du Sud a mis en avant ses mesures pour protéger les artistes. La délégation a expliqué que « la santé et la sécurité des travailleurs sont assurées grâce aux lois sur la sécurité au travail, à la réglementation des lieux culturels et à des protocoles appliqués lors des événements ». Concernant la stabilité de l’emploi, cette délégation a déclaré que « des subventions, des formations et l’accès à une protection sociale permettent de réduire la précarité des travailleurs du divertissement ». Enfin, le gouvernement sud-africain a souligné que « les pays doivent partager les bonnes pratiques et harmoniser les normes internationales du travail afin de mieux protéger les artistes à l’échelle mondiale ». 

Les gouvernements du Maroc et  de l’Afrique du Sud partagent le même avis quant à la nécessité de protéger les artistes face aux défis posés par l’intelligence artificielle. Ils s’accordent sur l’importance de garantir la santé, la sécurité et la stabilité de l’emploi des travailleurs du secteur culturel, tout en renforçant la formation et la protection sociale. Les débats du comité de l’IA devraient ainsi s’orienter vers une coopération internationale renforcée et l’élaboration de normes communes afin d’encadrer l’usage de l’intelligence artificielle et de garantir un avenir plus sûr aux artistes et aux travailleurs du divertissement. 

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE – Quand les futurs travailleurs débattent de leur avenir face à l’IA

Dans la salle IX de l’OIT à Genève, les débats fusent. Chaque adolescent se retrouve à défendre une position étrangère à la sienne concernant l’IA. L’enjeu est de taille : définir les droits des travailleurs face à l’influence croissante de l’intelligence artificielle, et mettre en place une justice sociale.

Il est actuellement 11h27, et cela fait bientôt deux heures que la salle est en effervescence. Aujourd’hui, les participants doivent répondre à une question cruciale : quelle est l’influence de l’IA sur les travailleurs ? Les délégués doivent construire une résolution solide qui pourrait aider les travailleurs menacés par l’IA et faire de l’intelligence artificielle un outil d’aide sécurisé pour tous. « L’IA est une force pour le monde », lancent de nombreuses délégations, parmi lesquelles les travailleurs de l’Inde.

Si l’IA présente des avantages,  elle est aussi un danger pour de nombreux travailleurs. « Il faudrait faire attention à ce que l’IA ne remplace pas l’humain », alerte la délégation du gouvernement de l’Inde. Un débat important qui concerne plusieurs catégories de travailleurs du monde comme les secrétaires, les journalistes, les artistes, les traducteurs. Clara Nguyen, présidente du comité où s’articulent les débats, apporte son point de vue : « Je pense que l’IA peut être utilisée de manière positive, mais pour cela, nous devons poser une base réglementaire. » Cet avis est partagé par de nombreuses délégations qui insistent sur l’importance de créer une réglementation.

Ce débat passionné résonne d’autant plus fort que  les délégués savent qu’ils seront, demain, les premiers concernés en tant que travailleurs. Ils feront alors eux-mêmes  face à l’intelligence artificielle et à ses évolutions, des problématiques qui suscitent parfois de l’inquiétude chez eux. Comme l’a fait remarquer la délégation des travailleurs de l’Inde : « J’ai peur, parce que l’IA domine le monde du travail. Il y a beaucoup de postes qui vont être éliminés à cause de cela. » Malgré cette crainte, la délégation reste positive et témoigne de la confiance des professionnels de demain : « Je reste confiante en moi-même ». Ces jeunes délégués comprennent que les débats d’aujourd’hui pourraient être ceux qui animeront les salles de conférences de demain.

Lilya Kabbaj – Elisa Develay