FAO – Quand les nations s’accordent pour nourrir le monde

Dans la salle III située dans les prestigieux bâtiments de l’OIT, se tient le comité FAO. Des échanges s’y déroulent concernant la lutte visant à limiter la résistance des micro-organismes aux intrants chimiques, tout en préservant la productivité des exploitations agricoles.

Les pancartes sont levées, les amendements défilent et la coopération perdure, donnant lieu à l’émergence d’une unique résolution. Les pays prennent conscience que leurs visions convergent vers une même finalité.

Celle-ci s’étend de façon universelle, et renforce la sécurité alimentaire et les revenus des agriculteurs via les différentes branches de l’ONU. De plus, elle adopte une approche inspirée de celle du One Health. Les délégations cherchent des alternatives durables tout en limitant les menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire. 

Lors des débats, l’ambiance est silencieuse et les expressions sont  graves. Les clauses des 24 pays réunis sont remises en question et, par manque de temps, les procédures de vote s’enchaînent. Le temps presse, alors le Cameroun, porte parole de la résolution, a dû soumettre des amendements pour pouvoir s’exprimer et convaincre le comité de voter pour sa résolution. 

On assiste en fin d’après-midi au vote en faveur de cette résolution engagée et riche en clauses, qui est adoptée avec une large majorité. Cela clôture en beauté le dernier jour de cette conférence !

Nomin SANJAAJAMTS – Kiara SADASEEVEN

À l’OMS, la santé sous tension : idéologies, ressources et lignes de fracture

Aujourd’hui, l’ambiance était électrique dans le comité de l’OMS pour FerMUN 2026. Entre désaccords idéologiques et débats sur les ressources, les délégations ont lutté corps et âme pour définir l’avenir de la santé et de la sécurité des individus en situation de violence.

L’Afghanistan a marqué les esprits avec une position radicale : en effet, selon eux, l’argent n’est pas le problème. Ils affirment même vouloir “remplacer les ressources par plus de protection”. Pour cette délégation, seules des lois strictes peuvent garantir la santé mentale des femmes.

De leur côté, la Fédération de Russie et le Nigeria ont mis en garde contre la « policophobie ». Selon eux, le fait de donner trop de liberté à la police crée du désordre et effraie les victimes, qui n’osent plus dénoncer leurs agresseurs. Par la suite, la Roumanie a rappelé une réalité tragique : 90 % des plaintes sont classées sans suite faute de preuves. Leur amendement sur le sujet a cependant été rejeté par la majorité.

Dans la suite du débat, la question était de savoir comment soigner les populations dans les zones défavorisées. La Roumanie et l’Eswatini ont alors débattu de l’intervention de Médecins Sans Frontières (MSF). Si l’idée d’un fonds d’aide est séduisante, beaucoup de pays craignent que l’ensemble des pays soit dépendant de l’aide internationale. Pour ces pays dubitatifs ou réfractaires, l’objectif est clair : il faut renforcer les systèmes de santé locaux plutôt que de compter uniquement sur l’OMS.

Le point de rupture a été atteint lors de la proposition de l’Inde de considérer l’avortement comme un simple processus d’hygiène et de santé. La délégation de l’Afghanistan a jugé cette vision « définitivement occidentale » et incompatible avec les réalités sociales et culturelles de leur pays. Cependant, le Sénégal et la Suède ont tout de même réussi à faire passer un amendement crucial, visant à encourager l’accès sécurisé à l’avortement et à la contraception en cas de violence sexuelle, afin d’éviter les morts tragiques liées aux violences sexuelles ou aux pratiques dangereuses.

En fin de séance d’amendements, le Pakistan a plaidé pour un langage plus inclusif. Grâce à leur intervention mais aussi au soutien de la Roumanie, le texte final mentionne désormais les orphelins et les victimes de guerre ainsi que tous les autres enfants, souvent oubliés par rapport aux migrants ou aux personnes en situation de handicap.

Yasmine Akkabi

L’intelligence artificielle : un dilemme éthique

 Entre discours, motions et points, une fracture entre pays se dessine dans la salle. Tandis que des alliances se forment et des liens se nouent,  il semble que certaines barrières  restent insurmontables. La résolution de la Suède a été signée par une majorité de pays en développement ou sous-développé. Celle de l’Espagne s’y oppose car nombreux sont les pays riches parmi les pays co-signataires. La raison? Les pays développés se sont déjà appropriés l’IA afin de s’enrichir et ont donc une vision plus innovatrice et un objectif d’optimisation pour cet outil stratégique. Dans la résolution suédoise, ce même outil est perçu comme un risque systématique pour l’emploi et qui doit nécessairement être encadré par des règles strictes et des contraintes. L’une vise une logique de protection sociale, l’autre souhaite une transition du marché du travail. Bien que ces deux visions semblent être complémentaires, les délégués ont eu du mal à se mettre d’accord. Des débats ont éclaté. Des clauses ont été discutées. Des amendements sont passés. Au cœur des tensions, le gouvernement espagnol se démarque par ses échanges tendus avec d’autres pays. Que ce soit l’Allemagne, le Royaume-Uni, tout le monde recevra ses foudres tant qu’il a quelque chose à dire. Les pays ne se mélangent pas. La seule solidarité existante est celle entre co-signataires. 

Une fracture sociale

L’Assemblée est visiblement divisée en deux, créant une fracture sociale. La première résolution débattue, dont le porte-parole est la Suède, est signée par tous les travailleurs. La différence entre les priorités des travailleurs, et celles des gouvernements et employeurs, est frappante. La résolution de la Suède semble privilégier la lutte contre les discriminations, les tensions sociales, les aides aux populations marginalisées et préjudices par l’IA. Quant à la résolution de l’employeur d’Espagne, signée par les gouvernements et employeurs, met en avant l’innovation, le progrès numérique à l’échelle globale. Les différents groupes privilégient leurs propres intérêts. “Le profit n’est pas le premier but de notre société, nous devons penser à nous-même” remarque le travailleur saoudien. Mais qu’entend-il par “nous-mêmes” ? Les employeurs ne pensent-ils pas, eux-aussi, à eux-mêmes ? Le gouvernement de l’Inde, dans son discours en défaveur, a aussi évoqué un “ralentissement de création d’emplois formels”. Cette fracture ne se manifeste pas uniquement lors du vote, mais aussi par des débats enflammés, avec la mention de “soif d’ employeurs pour des progrès techniques” par le travailleur saoudien. On assiste même à une motion de censure par l’employeur de l’Espagne, vis-à-vis du travailleur du Royaume-Uni. 

Les fossés au sein du comité de l’IA stimulent plusieurs réflexions : Les travailleurs peuvent-ils être considérés comme un frein à l’innovation, à la productivité, à la modernisation ? Les employeurs et gouvernements font-ils preuve d’égoïsme, en ne privilégiant pas les droits des travailleurs ? Comment dire que l’IA est un outil permettant progrès, aide et innovation lorsqu’elle représente un danger pour une grande part de la population ? La résolution de la Suède a fini par passer, mais de peu : 37 voix pour, et 30 contres. Le sort de la 2e résolution reste à décider. 

Hélène Khukhunaishvili & Dalanda Eden Diallo

Du lycée aux relations internationales : le parcours engagé de Théo à FerMUN.

Élève de l’école organisatrice de FerMUN, Theo Gensin Sow joue un rôle central dans cette simulation diplomatique internationale. Il représente la délégation du Brésil au sein du comité de l’organisation mondiale de la santé. A travers ce rôle, il est confronté aux grands enjeux de la santé.  

Théo Gensin Sow, élève de première au lycée international de Ferney-Voltaire, vit le dernier jour de sa troisième conférence. Il s’est tout d’abord intéressé à MUN lors de son arrivée au lycée car cela faisait partie de son projet professionnel. En effet, il souhaite travailler dans les relations internationales. Après avoir rempli son dossier et avoir été sélectionné pour être l’un des participants représentant le lycée, il a travaillé dur durant ses heures de club le mercredi après-midi. Il y a maintenant un an que Théo a participé à sa première conférence organisée par sa propre école en tant qu’admin de salle dans les bâtiments de l’OIT. Avec cette expérience enrichissante, il décide de déposer sa candidature afin de partir dans une conférence à l’étranger : MFINUE à Istanbul en décembre 2025. Il sera sélectionné en tant que délégué et ambassadeur ! De retour à FerMUN, son expérience lui aura permis de développer une meilleure éloquence pour réussir à mieux convaincre les autres délégations. Il incarne aujourd’hui le rôle de gouvernement du Brésil dans le comité de l’organisation mondiale de la santé. 

Son retour concernant la résolution débattue est très positif car, selon lui, elle révèle de nombreuses complications qu’il tente, en collaboration avec les délégations cosignataires, de régler efficacement. 

Cette dernière journée de conférence FerMUN l’a convaincu de sa volonté d’intégrer un métier dans les relations internationales. Il souhaite remercier les professeurs du lycée international de Ferney Voltaire ainsi que Mme Baudry de lui avoir permis de vivre une telle expérience en faisant de merveilleuses rencontres. Son message pour les futurs délégués est un message d’espoir : « Derrière chaque futur délégué naissent les solutions de demain ».

Lalie Anquez

ECONOMIE INFORMELLE – Dorothea Schmidt-Klau : Réduire les inégalités en écoutant ceux qui travaillent dans l’ombre

Dans la salle II de l’OIT à Genève, un silence de plomb règne. Chaque délégué est suspendu aux lèvres de Dorothea Schmidt-Klau, cheffe du Service de l’emploi, des marchés du travail et de la jeunesse au département des politiques de l’emploi. Ses conseils sont cruciaux : ils mettent en lumière des aspects de la problématique que les délégués sous-estimaient.

Il est actuellement 9h25, et cela fait bientôt une heure que la salle est silencieuse. Aujourd’hui, les délégués doivent répondre à une question cruciale : Comment contrer les abus que subissent les personnes travaillant à domicile dans l’économie informelle ? Ils doivent construire une résolution concrète et solide qui aiderait à résoudre ce problème. C’est ici que Mme Schmidt-Klau intervient : son objectif est de faire en sorte que la résolution soit complète, réaliste et protectrice pour ces travailleurs. Répondant avec gravité aux questions des délégués, elle les encourage à avancer dans la direction dans laquelle ils s’étaient engagés.

Mme Schmidt-Klau a commencé par souligner l’excellent travail réalisé par les délégués, digne des infrastructures onusiennes où ils se trouvent et où ils incarnent le rôle de diplomates avec sérieux et conviction. Elle a tenu à rappeler aux différentes délégations la place majeure des femmes dans l’économie informelle, tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte les nombreuses compétences que possèdent les travailleurs. Elle a ainsi expliqué que “les travailleurs  domestiques informels sont extrêmement compétents […] Nous parlons par exemple ici de femmes qui s’occupent de nos enfants, et je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que si elles n’étaient pas compétentes, ce serait vraiment dramatique”. 

Il lui a ensuite semblé essentiel de soulever un point important afin de clarifier l’objectif que les délégués doivent atteindre, en précisant que “se concentrer sur les travailleurs domestiques, c’est se concentrer sur la réduction des inégalités”.

Mme Schmidt-Klau conclut son argumentation en donnant un conseil crucial aux délégués : “Nous ne voulons pas de dialogue sur les travailleurs domestiques, mais avec les travailleurs domestiques« . Elle a illustré ce point en expliquant que dans son domaine de spécialisation, les sociétés vieillissantes, l’OIT avait voté de nombreuses mesures afin d’aider les personnes âgées. Mais elle a découvert, en parlant directement avec les principaux concernés, qu’ils avaient d’autres besoins que ceux auxquels avaient pensé les diplomates. Il s’agit ainsi de favoriser l’inclusion et l’écoute, des valeurs cruciales pour l’OIT, afin de progresser vers un consensus avantageux et protecteur des travailleurs de l’économie informelle, en particulier ceux domestiques.

Les voix du multilatéralisme : rencontre avec deux délégués du comité de l’OMS

Une déléguée animée par la passion
Passionnée par le débat, Fatou Guissé, qui représente aujourd’hui la Roumanie, a rejoint le MUN pour relever le défi de la diplomatie internationale. Bien qu’il s’agisse de sa première Modélisation des Nations Unies, elle se démarque par sa grande confiance et sa capacité à s’exprimer avec force au sein du comité de l’Organisation Mondiale de la Santé. A FerMUN 2026, son moment préféré reste le débat d’aujourd’hui, où elle a enfin pu défendre ses idées avec passion. Pour elle, le MUN permet de mieux comprendre le monde, et elle encourage chacun à monter sur scène pour vivre ce sentiment incroyable d’être enfin écouté.

La voix d’un spécialiste MUN

Endossant le costume de représentant du Pakistan à l’OMS, et animé par une passion pour l’éloquence et la géopolitique, Sam McMahon connaît aujourd’hui avec FerMUN sa cinquième Modélisation des Nations Unies. Il se distingue par son immense confiance en lui et sa préparation rigoureuse, se sentant tout aussi à l’aise pour s’adresser à 600 personnes qu’à un petit comité de 30 délégués. Au-delà de maîtriser parfaitement les débats formels, il apprécie également l’aspect social de l’expérience, de la “FerMUN box” aux fêtes de clôture. Sam encourage vivement les autres à rejoindre le programme dès maintenant, considérant le MUN comme l’environnement convivial idéal pour maîtriser les compétences de prise de parole en public indispensables à toute future carrière.

Yasmine Akkabi

MULTILATERALISME – Égalité des genres dans les institutions internationales : quand les voix de la jeunesse rencontrent l’expertise de l’OIT

Dans la matinée du 8 janvier, le comité de la Youth Assembly a eu l’honneur d’accueillir la présence illustre d’Angelika Müller, cheffe de l’Unité des relations officielles et de la correspondance, chargée de la gouvernance de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Les membres ont pu entendre une voix expérimentée sur un sujet d’une importance cruciale dans le contexte mondial actuel : l’égalité des genres au sein d’organisations telles que l’OIT ou l’ONU. Au cours des débats, les délégués ont pu échanger avec Mme Müller sur la manière dont la jeunesse peut prendre part à ce processus de changement, contribuer à tendre vers l’égalité des genres et le lien entre cet enjeu et le multilatéralisme.

Un entretien enrichissant avec Mme Müller

Lors de cet échange, nous avons eu l’occasion de mieux comprendre ce qui peut être fait pour améliorer l’égalité des genres dans des organisations telles que l’ONU ou l’OIT. Selon ses propres mots : « À l’OIT, nous ne nous concentrons pas uniquement sur le contenu de l’égalité des genres, mais aussi sur le suivi de la participation. Nous préparons des infographies de genre pour tous les événements de l’OIT afin de suivre, à tout moment, le pourcentage d’hommes et de femmes participant aux organisations internationales et aux conférences. Nous avons constaté certains progrès, mais dans la plupart des cas, la participation des femmes n’atteint même pas 40 %. Il reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir. »

Que retenir de cette discussion ?

En conclusion, le débat avec Mme Müller a mis en évidence qu’atteindre l’égalité des genres nécessite non seulement des réformes institutionnelles, mais aussi la participation active des jeunes. En favorisant le dialogue et des politiques inclusives, l’Assemblée des jeunes a réaffirmé le rôle de la jeunesse dans la promotion de l’égalité et dans la construction d’un système plus juste et plus représentatif. En tant que futurs acteurs du multilatéralisme, les jeunes ne sont pas de simples observateurs de ce processus, mais des parties prenantes essentielles pour faire de l’égalité une norme plutôt qu’un objectif encore à atteindre.

Ana Luisa Franzen et Leah Gonzalez

Comité FAO: “Notre but commun ? Vivre dans un monde durable”

Comment répondre à la hausse des besoins alimentaires mondiaux tout en respectant les limites environnementales et les impératifs de durabilité ? Telle est la problématique débattue au sein du comité FAO. Ce jeudi 8 janvier, dans la salle 3 de l’OIT, les délégations se sont entendues tant bien que mal suite à un débat animé concernant une résolution. Entretien avec la délégation de l’Allemagne à la suite des controverses qui ont animé le comité.

FERMUN :  Quelles sont les principales différences que l’on peut observer entre la résolution que vous avez proposé, et celle de la Russie ?

Délégation de l’Allemagne : La résolution de la Russie se concentre davantage sur l’aspect économique, en privilégiant une voie moins durable. La nôtre se base sur le développement durable des nouvelles technologies et sur l’ écologie. 

FERMUN : D’après vous, pour quelle raison votre résolution a-t-elle été adoptée ?

All. : Elle est probablement passée car nous partageons tous un but commun : vivre dans un monde durable. En revanche, elle est passée de justesse : 12 votes pour et 11 contre, avec 1 abstention.

FERMUN : Est-ce que cette résolution conviendra à tous, y compris aux pays moins développés ? 

All. : Bien que nous ayons conscience que tous les pays n’ont pas les mêmes moyens, le but est de réussir à ce que cela soit accessible à tous. Notre idée est de réunir tout le monde.

FERMUN : L’écologie est-elle le domaine prioritaire, ou bien s’agit-il de la croissance économique des pays émergents ?

All. : Nous pensons que les deux sont importants. Évidemment qu’on ne peut pas demander aux pays moins développés d’avoir une démarche entièrement écologique pour l’instant car ils n’ont pas les ressources économiques nécessaires. C’est à nous – les pays les plus développés – d’aider les pays dans le besoin. Continuer la production de masse et puiser dans les ressources non renouvelables ne serra plus possible dans 10 à 15 ans. 

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

CONDIDIONS DE TRAVAIL – Un nouveau tournoi sportif prochainement ?

A partir de 9h s’est déroulé le débat ouvert au sein du comité des conditions de travail de l’OIT ce vendredi 9 janvier 2026. Gouvernements, employeurs et travailleurs des différentes délégations négocient. Anglophones, francophones et hispanophones s’unissent pour trouver un accord commun. Celui-ci vise à assurer une carrière professionnelle stable aux sportifs de haut niveau, intégrant protection sociale, égalité salariale entre les sexes, droits à la reconversion et garantissant leur santé mentale et physique. Dans ce comité trilingue, la délégation des travailleurs du Nigéria s’est faite remarquer pour sa participation active sur un sujet qui lui tient à cœur. 

Voici son retour lorsque nous avons pu l’interroger : 

FERMUN: D’après vous, pourquoi les conditions de travail des sportifs sont un problème d’actualité ?

Travailleurs du Nigéria : C’est un problème car les inégalités persistent aujourd’hui. Certains pays n’ont pas les mêmes chances de protéger leurs sportifs et de les mettre en avant du fait de leur retard de développement.

FERMUN : Pouvez-vous décrire en quelques mots la solution que vous proposez ?

Travailleurs du Nigéria : Notre solution est de créer un tournoi sportif entre les pays émergents nommés TEC, avec des conditions pour y participer. Les pays participants seraient obligés de suivre des lois protégeant les sportifs.

FERMUN : Quels sont les plus grands contributeurs à ce projet ?

Travailleurs du Nigéria : Ce sont la Chine, la République de Russie et l’Arabie Saoudite, qui financeraient et organiseraient ce tournoi mais ces pays n’ont aucun pouvoir sur les décisions prises. Ceci est crucial pour les pays qui ne peuvent pas s’auto-financer. Ils participeraient dans le but de mettre en avant la croissance économique, la sensibilisation sociale et pour réduire les inégalités de genres. 

FERMUN : Qu’apporte ce projet a votre délégation ?

Travailleurs du Nigéria : Nous croyons que les sportifs du Nigeria pourront être mis en avant et que cela pourra améliorer le secteur du sport, notamment en favorisant les femmes athlètes. Nous espérons que notre résolution passera !

Chloé Arnaud et Lilou Fréchet

L’organisation mondiale de la santé: cadre de coopération ou obstacle à la souveraineté nationale ?

Nous sommes le 8 janvier 2025, dans la salle GB du nouveau comité de l’Organisation mondiale de la santé. Ce comité démontre son importance dès le début des débats. Ce sont non seulement 36 pays, mais aussi 3 grandes organisations internationales qui sont réunis pour trouver des solutions à deux enjeux clés : la préparation aux pandémies et la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Beaucoup affirment qu’une coopération globale est nécessaire, mais ne risque-t-on pas d’empiéter sur la souveraineté nationale des États ? Que faut-il prioriser ? Les positions des pays divergent. Entretien avec les délégations et une organisation internationale.

FERMUN : Êtes-vous d’accord avec l’idée que les problèmes de chaque pays doivent être résolus uniquement par l’État concerné, ou pensez-vous que les États disposant de plus de ressources devraient jouer un rôle majeur dans la préparation des autres, notamment face aux pandémies ?

Inde : Chaque pays est responsable de sa population, mais il faut prendre en compte le fait que les pandémies ne respectent ni les frontières ni les niveaux de développement. Certains pays disposant de plus de ressources ont la responsabilité d’apporter de l’aide aux autres. 

Sénégal : Si une aide est possible, il faut bien évidemment la proposer. Certains pays n’ont pas les ressources nécessaires, tandis que d’autres en ont une quantité considérable. Si le Sénégal a accès à ces aides, il pourra davantage se développer et ainsi se focaliser sur le commerce dans le futur.

Suède : Nous pensons que les états devraient collaborer autant que possible pour assurer la paix. Les pays ayant davantage de ressources et d’expérience par rapport à certains enjeux,  jouent un rôle clé dans l’aide apportée aux pays en développement. La Suède est un excellent exemple : c’est un pays innovateur, ayant des ressources financières et scientifiques. Nous sommes aussi fortement engagés dans les initiatives de l’ONU et de l’OMS.  

Bureau des affaires humanitaires : Nous sommes inquiets du pouvoir que certains pays pourraient détenir sur d’autres plus faibles. Chaque état doit être entendu et écouté, et notre rôle de médiateur doit garantir cette écoute.Nous n’estimons pas que les solutions standardisées soient suffisantes pour prévenir des crises mondiales.

FERMUN : Votre pays pourrait-il faire partie de ceux ayant ces responsabilités, en prenant en compte vos capacités financières ainsi que la situation au sein du pays ?

Inde : En termes de ressources financières, nous voudrions être dans une bien meilleure position. En ce qui concerne la situation de notre pays, malheureusement, il y a beaucoup d’inégalités au sein de la population :  violences faites aux femmes (avec un nombre important de viols) ainsi qu’aux enfants (maltraités ou abandonnés).

Sénégal : On ne peut pas dire que notre pays n’a aucune richesse. La preuve : les ressources du Sénégal étaient constamment exploitées par les puissances coloniales. Mais aujourd’hui, obtenir la moindre aide représente un grand défi. Nous ne sommes pas en capacité de prioriser le commerce international, au détriment de la survie de notre population. 

Suède : Certainement. Notre pays s’engage surtout dans la lutte contre les violences faites aux femmes. 

FERMUN : La souveraineté nationale de votre État doit-elle primer sur la sécurité sanitaire mondiale ?

Inde : Même si elle reste fondamentale, la souveraineté nationale ne peut pas servir de prétexte pour ignorer les risques sanitaires mondiaux. La sécurité sanitaire mondiale peut même renforcer la souveraineté nationale de chaque pays. L’Inde défend une souveraineté s’exerçant au sein des organisations internationales, notamment l’OMS.

Sénégal : Non, cette souveraineté ne s’applique pas à tous. Une priorisation de la souveraineté nationale par les pays les plus puissants entraînerait un danger global, y compris pour ces États-là. Pour les petits pays comme le nôtre, il n’est pas question de puissance, mais de survie.

Suède : On ne peut pas dire cela. Les deux doivent se compléter, s’équilibrer. Le problème est que la souveraineté va parfois à l’encontre de la sécurité mondiale : la souveraineté nationale peut compromettre l’accès à la santé de certaines populations. Tout l’enjeu est de trouver un équilibre.

Bureau des affaires humanitaires : Pour vivre ensemble, il est nécessaire de communiquer. Notre organisation tourne autour de l’acceptation et surtout de la neutralité des pouvoirs. Un médiateur, comme nous, est indispensable pour les négociations portant sur des questions importantes, mais il faut surtout une ouverture aux autres . 

FERMUN : Pensez-vous que la souveraineté nationale et le multilatéralisme peuvent coexister ?

Inde : Absolument. L’Inde est un exemple de cette coexistence : nous sommes une grande démocratie engagée dans le multilatéralisme. Le multilatéralisme n’efface pas la souveraineté. 

Suède : Même si des enjeux existent, notre pays pense que la coexistence est possible. C’est surtout une question de travail, pour pouvoir trouver des accords et collaborer – un travail qui prend du temps. Pour tendre vers un monde parfait, il faut installer un respect entre les pays. 

Sénégal : Bien sûr, recevoir une aide pour permettre un meilleur développement est nécessaire. Mais quand l’aide est achevée, le pays ne doit pas se sentir “esclave” du pays aidant. À l’avenir, on espère voir émerger des liens qui ne soient pas uniquement financiers, mais davantage profonds.

Bureau des affaires humanitaires : Notre fonctionnement se base sur le principe même du multilatéralisme, qu’il s’agisse du financement ou du travail. Le but est de respecter les identités  et de réussir à aborder des questions sensibles de la manière la plus concrète possible.

FERMUN : Est-ce que vous avez assisté à la formation d’alliances inenvisageables ? Ou au contraire avez-vous pu observer des tensions inattendues ?

Inde : Nous avons nous-même formé une alliance avec le Pakistan, ce qui peut être surprenant en raison de nos conflits historiques. Mais en ce qui concerne la santé, ces conflits doivent être dépassés.

Suède : Nous avons été surpris par le rôle qu’a tenu la délégation américaine : il ne reflétait  pas la politique actuelle de l’État. D’autres pays nous ont étonné en nous proposant une alliance, notamment l’Inde ou l’Arabie saoudite. Nous pensions que leurs valeurs étaient bien éloignées des nôtres notamment sur le plan religieux. Pourtant, cela montre peut-être que les pays se connaissent mal sur le plan politique, ou que des idées préconçues influencent nos perceptions, rendant cette alliance finalement moins surprenante qu’il n’y paraît.

Sénégal : Nous nous sommes alliés avec le Cameroun en raison de nos problèmes similaires et d’un besoin d’aide pour les deux parties. Nos deux pays ont envie de changement – on est donc prêts à se battre ensemble contre les violences faites aux femmes et le manque de soins médicaux. Cette lutte est nécessaire pour le développement de nos pays. Toutefois, cette coopération met aussi en lumière de fortes inégalités, y compris au sein du continent africain, où certains pays manquent de besoins vitaux tandis que d’autres vivent dans l’opulence et la surexploitation des ressources, ce qui peut engendrer des tensions inattendues. 

Hélène Khukhunaishvili