Le Comité ILO 4, portant sur l’Innovation, a eu comme sujets principaux l’Intelligence artificielle (IA) et l’économie digitale.

Il a été le théâtre de débats passionnés et intenses durant ces 3 jours de conférence, avec des divergences de points de vue mais évidemment toujours dans le respect, malgré certains discours quelque peu véhéments.

Les deux problématiques abordées étaient : 

Comment protéger les travailleurs dont les emplois pourraient disparaître et comment utiliser l’IA pour améliorer les conditions de travail et permettre de nouvelles opportunités ?

L’économie numérique est-elle une voie vers des emplois plus nombreux et de meilleure qualité pour les jeunes ?

La première problématique a particulièrement divisé le comité ILO 4, avec des positions politiques variées et des avis différents quant aux mesures à adopter.

Certains délégués nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions portant sur leurs positions et leurs idées concernant les résolutions, ainsi que les pays considérés comme alliés. Nous remercions ces délégués pour le temps précieux qu’ils nous ont accordé et qui nous a permis de mieux comprendre les dynamiques des différents pays ainsi que les différentes alliances qui se sont formées. C’est grâce à eux que nous pouvons vous apporter une vision claire et objective des débats qui ont eu lieu dans l’ILO 4.

Durant la phase de lobbying, plusieurs pays se sont rassemblés et au bout d’un certain temps, nous avons vu se former trois groupes différents qui ont finalement fusionné en deux groupes. Le premier a rassemblé principalement les Etats-Unis et la Suède, qui étaient pourtant en désaccord au départ, et le second était plutôt composé de la Chine et de plusieurs pays émergents, tels que le Mexique ou l’Eswatini. 

A la suite de la phase de lobbying, nous avons eu l’honneur d’écouter l’experte Janine Berg, économiste principale à l’Organisation Internationale du Travail. Son discours nous a révélé les dangers de l’intelligence artificielle sur le destin des travailleurs. Il a apporté aux délégués de nouvelles informations sur le sujet et Mme Berg leur a également fait l’honneur de répondre à leurs questions, avec beaucoup de patience et de gentillesse.

Suite au passionnant discours de Janine Berg, nous avons assisté à une phase de débat entre les différents Etats sur les clauses préalablement discutées, parfois dans un climat conflictuel, particulièrement entre le délégué du gouvernement chinois et celui des Etats-Unis. Les délégués se sont affrontés dans un débat sans merci, où la Chine a même demandé une motion d’excuse et de censure face à certains arguments agressifs d’autres délégués qui l’accusaient de nier les faits. 

Durant la phase d’amendements, le délégué des employeurs suédois a souhaité supprimer une clause, ce qui a provoqué un désaccord de la part du délégué du gouvernement suédois, faisant naître un nouveau débat entre plusieurs pays, tels que le Japon, le Royaume-Uni, les USA, ou encore l’Eswatini.

A la suite de la phase d’amendements, la résolution portée par la Chine a finalement été adoptée à la majorité absolue, suivie par la résolution des États-Unis.

La deuxième problématique, axée sur l’économie digitale, a donné lieu à deux résolutions, l’une présentée par le gouvernement indien et l’autre par les employeurs du Maroc. Toutes deux étaient fondées sur le partage des ressources, l’éducation des nouvelles générations, ainsi que l’aide aux pays moins développés, pour lesquels il existe un véritable fossé technologique par rapport aux pays à plus forte intensité de main d’œuvre. 

Avant d’entamer la phase de lobbying, certaines délégations ont eu l’occasion de présenter leur position, dont les travailleurs indonésiens, qui ont exprimé leur intérêt pour la création de lois visant à protéger les données et à favoriser la sécurité numérique. Le gouvernement du Guatemala a également partagé avec le comité son inquiétude en lien avec les nombreuses inégalités présentes dans le monde, qui sont d’après lui un facteur essentiel à prendre en considération durant le débat.

Deux groupes principaux se sont formé durant la phase de lobbying, l’un présidé par le gouvernement indien et l’autre par la délégation des travailleurs du Maroc. Les employeurs colombiens, signataires notables de la résolution portée par l’Inde, ont souligné leur besoin d’une aide des pays développés, motivé par un manque de ressources ainsi que par la nécessité d’améliorer leurs infrastructures, inadaptées à l’utilisation des outils numériques. A l’inverse, les employeurs du Royaume-Uni ont manifesté leur intérêt pour une éducation plus performante à la digitalisation, particulièrement dans le programme des études supérieures, bien qu’ils ne soient signataires d’aucune des deux résolutions. 

Après l’introduction de la première résolution (celle portée par l’Inde), plusieurs délégations se sont interrogé sur certains points comme l’origine et la fiabilité des fonds d’aide, la possible dépendance de la population aux grandes entreprises privées qui résulterait de l’adoption de cette résolution, ou encore la différence de niveaux entre les étudiants de pays développés et moins développés. Le débat ouvert a alors commencé officiellement avec un amendement du gouvernement du Royaume-Uni, soutenu par celui des Etats-Unis, demandant la suppression d’une clause sur l’établissement d’un salaire minimum pour les entrepreneurs indépendants. La délégation britannique a démontré une maîtrise solide du sujet en dénonçant le défaut juridique de la clause, toute notion de flexibilité, pourtant essentielle aux emplois indépendants, étant alors perdue. C’est après l’ajout de clauses en faveur des individus handicapés et promouvant l’inclusivité que cette résolution a été adoptée.

Le débat concernant la deuxième résolution, écrite par les travailleurs du Maroc, a toutefois été plus controversé. La légitimité des propos du gouvernement chinois a de nouveau été remise en question et le comité a eu de la difficulté à trouver un terrain d’entente. Le débat a tout de même donné lieu à des discussions fructueuses, notamment sur le support de technologies éthiques incluant des pirates informatiques « à casquette blanche ». La résolution a alors été adoptée, bien qu’avec moins d’enthousiasme que la précédente.

Lucile Fournier, Claire Chardin et Cyrielle Bouline.