Trois jours à l’OIT pour observer FerMUN de l’intérieur : des centaines de lycéens, des débats, des négociations et une rédaction de jeunes journalistes. Récit d’une immersion au cœur d’une conférence où les élèves sont aux commandes.
Le silence. Ou plutôt l’impression que je dois garder le silence. C’est cela que je ressens d’abord à l’OIT, une fois passé le poste de sécurité. Petite fierté quand je salue le garde et dépose, pour la première fois, mon badge sur la borne. Puis vient cette sensation d’être si… petite dans cette immensité. J’entends des élèves parler au loin. Ils sont plus nombreux que les adultes autour de moi. Autant de jeunes gens dans un lieu habituellement réservé à celles et ceux que je considère comme des spécialistes. Impressionnant. Très vite, un visage connu. Ruben Buchot me rejoint. Il sera mon contact durant ces trois jours, le référent presse au sein du bureau FerMUN 2026. Il arbore fièrement son costume. Il est déjà dans son rôle. Avec lui, je visite les lieux. Je découvre la salle destinée aux journalistes en herbe : de grandes baies vitrées lui donnent des airs de tour de contrôle. Je n’ai jamais vu pareille salle de rédaction. Cela donne déjà envie de s’y mettre.
Puis vient le temps de se rendre à la cérémonie d’ouverture. Cette fois, c’est en compagnie des professeurs que je gagne le poste de sécurité de l’ONU. Ici, les contrôles sont encore plus poussés. Tout passe au rayon X. Dans le dédale du bâtiment onusien, nous gagnons la Salle des Assemblées du Palais des Nations, où se tiendra quelques minutes plus tard la cérémonie d’ouverture.
Jamais trop jeune pour diriger
Brouhaha général. Les élèves ferneysiens s’affairent tandis que les autres délégations gagnent leurs places. J’aperçois des élèves de primaire, les yeux brillants, impressionnés ; des lycéens qui se font prendre en photo ; et, dans le fond, des parents fiers de voir leurs bambins dans un lieu aussi prestigieux. La cérémonie commence avec Abdul-Salam Antwi, secrétaire général de FerMUN, élève de terminale. Tatiana Valovaya, directrice générale de l’Office des Nations unies à Genève, prend ensuite la parole et rappelle l’héritage des Nations unies. Puis M. Le Roy, Ambassadeur de France, ancien Secrétaire Général Adjoint de l’ONU et spécialiste du multilatéralisme est invité à monter sur l’estrade. Les phrases résonnent comme des punchlines. « On n’est jamais trop jeune pour diriger et jamais trop vieux pour apprendre », lance Abdul-Salam Antwi. Derrière la formule, le message est clair : ici, les élèves ne se contentent pas de jouer aux diplomates. Ils sont là pour expérimenter, débattre, négocier, défendre une position qui n’est pas nécessairement la leur. Les comités n’ont pas encore commencé leurs débats, mais j’ai déjà compris une chose : ce n’est pas un jeu auquel je vais assister. C’est un entraînement à la réalité. Chacun récupère alors de quoi traverser les jours suivants à l’OIT : son badge, ses tickets repas. Les rôles, eux, sont déjà attribués. La simulation peut commencer.
Convaincre sans imposer
Pendant trois jours, je navigue entre les comités afin d’épauler les élèves-journalistes. Et j’en profite pour observer ce qui se joue dans les salles de l’OIT. Face à moi, des centaines de lycéens s’organisent en lobbies et prennent position sur des sujets dont je peine parfois moi-même à saisir toute la complexité. Au comité FAO, on débat des stratégies agricoles et aquatiques permettant de limiter la résistance des micro-organismes aux intrants chimiques sans compromettre la productivité des exploitations. Ils ont quinze, seize, dix-sept ans. Et ils allument leur micro pour argumenter. Je suis impressionnée par leurs prestations. Forcément, je repense à mes propres années lycée. À leur âge, aurais-je été capable de prendre la parole devant une salle entière, en anglais, pour défendre la position d’un pays sur un sujet aussi spécifique ? Ici, les élèves débattent dans le respect et, souvent, dans un anglais impeccable. Il y a celles et ceux qui distribuent la parole, celles et ceux qui négocient dans les couloirs, celles et ceux qui prennent des notes. Et puis il y a celles et ceux qui doivent défendre des positions parfois délicates : car chaque élève représente une délégation, et donc un pays. Il faut alors apprendre à défendre une position qui n’est pas nécessairement la sienne. À écouter. À convaincre sans imposer. À renoncer parfois. Pendant ce temps, l’équipe presse me sollicite. Ensemble, nous réfléchissons à des formats plus dynamiques, plus immersifs. Pendant trois jours, la journaliste que je suis emprunte une autre casquette : celle de conseillère. Je regarde les articles évoluer, les angles s’affiner, les élèves prendre confiance dans leur écriture et dans leur manière de raconter ce qu’ils vivent. Je n’assisterai pas à la cérémonie de clôture. Je sais pourtant, de source sûre, qu’elle sera pleine de surprises et de joie.
Au final, je ne sais pas qui, des lycéens ou de moi, aura le plus appris. Eux ont eu l’occasion de vivre, pendant trois jours, le quotidien de spécialistes des conditions de travail, de l’intelligence artificielle, de la santé ou encore de l’agriculture. Moi, j’ai passé ces journées à regarder ces presque adultes débattre de sujets qui les dépassent parfois, puis les retrouver à la pause-café, un verre d’eau à la main, comme n’importe quels lycéens. Et c’est peut-être ce qui m’a le plus frappée. Ma reconnaissance va aux équipes qui entourent ces jeunes et leur permettent de prendre ainsi leur place. Durant l’expérience, les professeurs acceptent de laisser leur étiquette de côté. Ils observent, accompagnent, interviennent lorsque cela est nécessaire. Mais les élèves sont aux commandes. Pendant près d’un an, ils ont été préparés à ces quelques jours. Puis vient le moment de les laisser faire. Et de regarder ce qu’ils sont capables de devenir.
Anaïs Viand