Du blocus lycéen au débat onusien

Le 14 octobre 2027 marque le jour où FERMUN devient, pour un court instant, plus qu’une simulation onusienne. Alors que les revendications et manifestations lycéennes monopolisent l’actualité, des élèves du Lycée de Ferney-Voltaire se réunissent pour établir une résolution proposant des solutions à mettre en place localement. Suite aux dégâts ayant suivi certains blocus lycéens, l’Éducation nationale veut à tout prix privilégier la discussion. Mais la discussion est-elle toujours suffisante face à la frustration lycéenne ?

Peur pour le futur

Le mouvement lycéen est en partie nourri par une appréhension générale de l’avenir et des études supérieures. Le débat devient mouvementé à la mention de Parcoursup, un outil que la résolution originelle demandait à supprimer. Lucia s’oppose à cette proposition, expliquant que Parcoursup est un élément ancré dans l’éducation nationale et que sa suppression dépasse notre échelle. Avec le brouhaha et les visages frustrés que provoque cette prise de parole, on comprend que l’avis de Lucia n’est pas universellement partagé. D’autres lycéens soulignent les nombreux retours négatifs sur Parcoursup. Parmi eux, une élève donne l’exemple d’une candidature accompagnée d’une recette de cuisine comme lettre de motivation qui aurait été acceptée dans une faculté de psychologie. Mais d’autres personnes comme Lily estiment que « supprimer Parcoursup nous ramènerait à l’âge de pierre administrativement », que cette plateforme est un « outil incroyable » permettant de simplifier la candidature aux études supérieures. Ce débat est loin d’être homogène. Par peur de ne recevoir aucune place dans aucune université, certains demandent la mise en place d’une plateforme différente de Parcoursup, d’autres de retravailler ce dernier. L’amendement contre la suppression de Parcoursup finit par passer, 54 votes pour, 23 contres. Peut-être que malgré cette peur pour le futur, le bouleversement total du système en place suscite davantage de crainte. Ou alors, les élèves se rendent compte de la difficulté de modifier l’éducation nationale à leur échelle.

« L’école est là pour garantir l’égalité des chances » 

Charlotte intervient pour supprimer une clause voulant créer des classes de différents niveaux pour les élèves. Un débat se lance. Chacun est amené à réfléchir sur les priorités du système scolaire : faut-il privilégier l’efficacité des cours, en les adaptant au niveau de chacun, ou au contraire l’égalité entre chaque lycéen est-elle plus importante ? Charlotte rappelle que « l’école est là pour garantir l’égalité des chances, pas pour organiser une hiérarchie » et insiste sur les conséquences néfastes sur l’estime de soi qu’engendrerait une telle mesure. Elle met aussi en avant le contexte actuel : alors que les lycéens font bloc pour faire entendre leurs revendications, instaurer un système d’exclusion serait contre-productif. La solidarité est une valeur à chérir pour elle et pour bien d’autres. C’est pourquoi Charlotte propose une alternative à cette clause : encourager le tutorat entre élèves et mettre en avant les heures de soutien. D’autres délégués relèvent le côté positif du système des niveaux de classe, qui pourrait selon eux régler le problème de manque de concentration des élèves. Mais selon le proviseur, M. Tedde, un tel système reste « totalement hors la loi ». 

La loi se retrouve au cœur des débats ces derniers temps : on parle de la liberté de manifester, de rassemblement, de la violence croissante en France ces dernières semaines. L’échelle morale de chacun est remise en cause. On se demande jusqu’où les policiers peuvent aller pour maintenir l’ordre et la sécurité, jusqu’où les manifestants peuvent aller pour obtenir du changement. 

La résolution de Ferney-Voltaire passe, malgré l’insatisfaction exprimée par certains lycéens. Si un grand travail a été accompli, la résolution reste incomplète. Elle ne soulève pas certaines revendications majeures telles que le manque de professeurs, comme le souligne Eulalie. Au cours de ces deux heures, la limite du cadre du débat est souvent abordée : la résolution ne devant s’en tenir qu’à des solutions pouvant être instaurées localement, certains problèmes majeurs ont peine à être réglés. Les solutions proposées par les élèves de FERMUN sont-elles assez pertinentes au vu de l’ampleur de l’enjeu ? Ces solutions seront-elles réellement mises en place ? Il est difficile de le dire. 

Hélène Khukhunaishvili