FAO – Nourrir le monde durablement 

Réuni au sein de l’Organisation internationale du travail (OIT), le comité FAO a débattu des moyens de nourrir durablement une population mondiale en croissance. Les échanges et résolutions adoptées ont mis en lumière des alliances entre États, articulées autour de l’innovation agricole, de l’adaptation locale et de la coopération internationale face à l’insécurité alimentaire.

Ces 50 dernières années, la population mondiale est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 8,4 milliards en 2024, entraînant une hausse des besoins alimentaires, tandis que l’insécurité alimentaire a augmenté de 30%. Cette demande toujours plus forte provoque une grande productivité agricole, caractérisée par l’utilisation de pesticides, et la transformation des sols en terres arables. La communauté internationale est confrontée à un dilemme central : répondre à la hausse des besoins alimentaires en garantissant la sécurité alimentaire, tout en respectant les limites environnementales ainsi que les impératifs de durabilité. 

Créées aux alentours de 10h, les deux différentes résolutions, présentées par l’Allemagne et la Russie illustrent une réponse collective à ce défi en organisant des alliances plus ou moins durables entre Etats autour de priorités communes.

Lors de la première résolution, un premier bloc d’alliés s’est formé avec l’Allemagne, la France, le Canada, le Japon et l’Italie qui partagent des visions communes comme la recherche, l’innovation ou bien le soutien envers les objectifs de développement durable définis par l’ONU. Ces alliances sont influencées par les clauses qui les délimitent. Par exemple, la clause numéro 8 portée par l’Allemagne appelle à la création d’un centre de recherche mondial sous contrôle de l’ONU, visant à développer des pratiques agricoles efficaces et durables. La clause 11, portée par la France, renforce cette énergie par la proposition d’un Fonds mondial pour l’agriculture durable.  À cela s’ajoutent les clauses 9 et 10 portées par le Japon demandant la publication de rapports annuels sur la production alimentaire durable ainsi que l’éducation des agriculteurs et des consommateurs. Ensemble, ces clauses institutionnalisent une alliance pérenne fondée sur la transparence et la responsabilité.

Adaptation locale et protection des moyens de subsistance.

De plus, la résolution témoigne d’une alliance solide entre plusieurs pays du sud comme le Bangladesh, le Cameroun, la Colombie et le Maroc. Ces États partagent une vulnérabilité face aux aléas climatiques et une dépendance importante à l’agriculture pour leur population. Cette alliance est définie par des clauses qui sont fondées sur les petits exploitants agricoles mais aussi sur des dispositions, comme celle de la clause 7, portée par le Bangladesh encourageant l’adoption de solutions fondées sur la nature. La délégation bangladaise a d’ailleurs alerté : “Sans adaptation au climat, la sécurité alimentaire est en danger”. La clause 6,  soutenue par le Cameroun, insiste sur la gestion durable de l’eau. Ainsi, ces clauses définissent une alliance pérenne fondée sur l’adaptation locale et la protection des moyens de subsistance.

La deuxième résolution portée par la Russie s’est trouvée à former plusieurs alliances dont une avec Haïti, l’Éthiopie, le Mexique et le Brésil. Ces États partagent une forte dépendance à l’agriculture ainsi qu’une vulnérabilité face aux chocs climatiques. 

Leurs clauses encouragent ainsi le partage régional des technologies agricoles, en particulier entre pays confrontés à des conditions climatiques similaires renforçant cette dynamique Sud–Sud. L’attention est mise sur l’agro-écologie flexible, la restauration des terres

dégradées, la réduction des pertes post-récolte et le renforcement des systèmes alimentaires locaux. L’Ethiopie joue un rôle moteur dans la promotion de la coopération régionale, de la restauration des sols et de la réduction de la pollution liée aux transports alimentaires.

Ces résolutions ne se contentent pas de proposer des solutions techniques à la crise alimentaire mondiale. Elles dessinent un réseau d’alliances durables réunissant pays moins développés, puissances émergentes et grands acteurs agricoles autour de principes communs : coopération, flexibilité, durabilité environnementale et respect de la souveraineté des agriculteurs. Ces convergences intègrent à la fois l’innovation technologique, l’agro-écologie, la réduction du gaspillage et une gouvernance multilatérale. Si les objectifs et intérêts de ces Etats divergent, l’initiative collective permet d’esquisser un avenir plus juste et durable, à la croisée des mondes agricoles et de l’innovation.

Judith Gingold